08.11.2009
Les étrangers dans la Résistance
03:11 Publié dans VIDEOS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : affiche rouge, ftp-moi, manouchian, résistance, résistance juive, rajman, alfonso
14.10.2009
Joseph Epstein, bon pour la légende, sur Arte
ARTE diffuse, mercredi 21 octobre 2009 à 22 heures,
le documentaire réalisé par Pascal Convert
Joseph Epstein,
bon pour la légende

ARTE F © Droits Réservés
Portrait d'un résistant juif polonais oublié, fusillé sous un faux nom. Une réhabilitation sensible et précise avec le témoignage de ses compagnons de route, dont Lucie Aubrac.
Fin stratège de la guérilla urbaine, Joseph Epstein est une légende de la Résistance. Engagé en Espagne avec les républicains en 1936, volontaire avec la Légion étrangère de l'armée française en 1939, résistant et chef de réseau, il ne parla pas sous la torture et mourut fusillé sous un nom d'emprunt le 11 avril 1944. Pourtant, la France s'est efforcée de l'oublier au lendemain de la Libération, préférant ses héros nationaux... Sous la forme d'une lettre adressée au fils de Joseph Epstein, Pascal Convert reprend le fil de la vie de ce héros méconnu, de sa naissance en Pologne à ses actions dans la Résistance. Une enquête précise et impliquée où se laisse découvrir un homme extraordinaire, aussi bon vivant qu'engagé, et où l'on croise quelques-uns de ses compagnons de route : Lucie Aubrac, Joseph Minc, Maurice Kriegel-Valrimont, Esther Gorintin...
Rediffusion : Mercredi 28 octobre 2009, à 5 heures.

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30.09.2009
L'Armée du crime, Robert Guediguian
Bande-annonce L'Armée du crime
envoyé par toutlecine.
L’intérêt de l’histoire,
c’est d’éclairer le présent
Entretien avec Robert Guediguian

Missak Manouchian, interprété par Simon Abkarian (DR)
L’Armée du crime retrace le parcours des FTP-MOI, groupe de résistants lors de la Seconde Guerre mondiale dirigé par Missak Manouchian. Guédiguian nous livre un film où les personnages résistants sont obligés de faire face à certaines contradictions : comment résoudre les conflits qui se jouent entre les notions d’éthique, de morale et d’engagement lorsqu’il s’agit de résister à la barbarie nazie et à la collaboration française ?
Le film revisite une période importante du mouvement ouvrier tout en interrogeant notre présent à travers des questions toujours actuelles comme l’importance de l’internationalisme, les diverses formes que peuvent prendre la résistance et les liens entre l’intime et le politique.
TEAN : Le cinéma s’intéresse à la Seconde Guerre mondiale en ce moment. Pourtant, si nous prenons des films comme Inglorious Bastard et le vôtre, les partis pris sont très différents. Pouvez-vous nous expliquer quel était le vôtre ?
R.G. : Il me semble que la gauche a perdu pas mal de choses : elle a perdu ses buts, beaucoup de ses théories, de ses pratiques. Toute la gauche. Mais elle a aussi perdu quelque chose qui compte au moins autant : elle a perdu sa légende, sa chanson je pourrais presque dire. Dans la légende on peut considérer qu’un des grands moments de l’histoire, c’est l’histoire du groupe Manouchian. C’est un des très grands moments de l’histoire du mouvement ouvrier et elle est maintenant dans l’histoire avec un grand H. Aujourd’hui, c’est une histoire universelle, mais il faut toujours se rappeler qu’elle a été écrite par le mouvement ouvrier. Là, je ne fais pas de distinction. Quand je parle du mouvement ouvrier, je parle aussi de la gauche. Je crois qu’en ce moment, si l’on veut faire exister à nouveau une gauche radicale, on a intérêt à travailler la théorie bien sûr, nos pratiques, mais aussi nos légendes.
Je dis ça parce que j’ai grandi avec cette histoire, ces personnages-là, les vingt trois et les autres. Je les ai connus très tôt, je les ai admirés, j’ai rêvé de leur ressembler. J’ai envie de dire que j’essaie toujours de leur ressembler mais dans des circonstances extrêmement différentes. Aujourd’hui, ça signifie avoir quoiqu’il arrive, dans n’importe quelles circonstances, un certain nombre de principes auxquels je ne dérogerai jamais. C’est vrai que leur engagement, à ce moment-là, prend une tournure autant morale que politique (c’est encore un autre débat mais je ne conçois pas la morale sans politique et la politique sans morale). Quand je dis morale, c’est une morale qui va par-dessus tout et évidement jusqu’à la désobéissance et que par principe moral on peut désobéir à son parti, à l’État, etc. D’ailleurs, ce qui est beau, c’est qu’ils ont tous fait des gestes individuels d’abord et ensuite tous ensemble ils ont constitué un groupe. Ils ont tous fait des gestes personnels comme s’il n’y avait pas de frontière entre la vie privée et la vie publique, entre la vie intime et la vie politique. Donc leur exemple, de la même manière qu’il m’a aidé à me construire, je pense qu’il peut aider des gens à se construire aujourd’hui. Et si des gens voient ce film ils peuvent en sortir avec le sentiment qu’il y a des choses contre lesquelles il faudrait agir, qu’il y aura toujours des choses à refuser. En fait résister c’est vivre.
Par rapport à Tarantino et son film, je pense que la question qui se pose est : peut-on jouer avec tout ? Car au fond, Tarantino ne fait que s’amuser. Je ne sais pas ce qu’il pense des Noirs, je ne sais pas ce qu’il pense de la Seconde Guerre mondiale, je ne sais pas ce qu’il pense de la bande dessinée ! Je ne sais pas ce qu’il pense en général ! Je sais que c’est un joueur extrêmement habille, extrêmement financé aujourd’hui et qui fait un travail qui a le succès qu’il a. C’est du très haut niveau, mais il joue, on ne sait pas ce qu’il pense.
TEAN : Vous avez pris certaines libertés avec les faits. Comment et à quelles conditions peut-on le faire ?
R.G. : J’ai pris une certaine liberté mais en prenant un soin maniaque à ce qu’il n’y ait aucun contresens ni aucune contrevérité. Par exemple, la rouquine, la copine de Marcel Rajman, elle faisait aussi un petit peu de marché noir à ce moment-là, et elle s’était fait arrêté pour ça. Ça, je ne le dis pas. Pour autant c’est vrai que ses parents ont été déportés dans la rafle et que l’inspecteur Pujol lui a fait miroiter des nouvelles de ses parents contre des informations sur le groupe Manouchian. En enlevant le fait qu’elle avait fait des trucs un peu frauduleux pour le marché noir, je la rends un peu plus sympathique. Ce sont des petites choses comme ça. Une autre chose : Krazuki a été arrêté sept ou huit mois avant la première vague d’arrestation. Pour la fluidité du film il est évident que je n’allais pas faire trois actes d’arrestation. J’ai donc fait à la fin l’arrestation de tout le monde.
TEAN : Votre film résonne avec le temps présent, avec ce qui pourrait être une pratique militante aujourd’hui. Définiriez-vous votre film comme un film militant ou un film engagé ? Votre film est-il fait dans l’intérêt d’une forme d’engagement ?
R.G. : Oui. Tout film qui traite d’un sujet historique ou même de l’histoire en général, doit montrer que l’intérêt de l’histoire est d’éclairer le présent. Si l’histoire nous passionne c’est éventuellement pour en tirer quelques enseignements pour aujourd’hui : faire un film historique, c’est pour parler d’aujourd’hui. Je voulais faire l’armée de la lumière, je voulais travailler la foi qu’avaient ces gens là. Ce qui de l’intérieur les animait, les illuminait, je préférais travailler cela plutôt que le détail, le factuel, l’historique, la reconstitution. Au fond cela m’importe peu. Je dirai que j’ai fait ce film presque uniquement pour parler d’aujourd’hui. La reconstitution, il faut bien s’en occuper : il faut chercher des camions, des voitures d’époque, des décors, dépenser beaucoup d’argent pour cela… Il faut bien le faire mais il ne faut pas s’en préoccuper. Je crois que c’est vrai de tous les films historiques. Si demain je fais un film qui se situe au Moyen-âge ce sera pour parler d’aujourd’hui.
Pour qualifier mon film, je préfère engagé que militant. Militant ça veut dire engagé au service de quelque chose de très précis. C’est par exemple si je faisais un film pour la prochaine campagne d’Olivier aux régionales du NPA.
Pour mon film, je préfère dire engagé. Pour moi, le cinéma est toujours engagé. On appelle le cinéma engagé ceux qui disent qu’ils sont engagés, alors que l’autre cinéma est tout aussi engagé sans le dire.
TEAN : Au sens idéologique du terme ?
R.G. : Bien sur. A partir du moment où tu mets une camera dans la rue et que tu montres des hommes et des femmes soit dessous, dessus, sur les cotés, leurs bagnoles, leurs fringues, c’est avoir un point de vue sur eux. Ou tu dis que tu n’as pas de point de vue mais ça veut dire que tu acceptes le monde tel qu’il est ou tu dis « j’ai ce point de vue là et c’est ce point de vue là que je voulais proposer au public ». Je dis bien « proposer » d’ailleurs, je discute. Donc, le cinéma est toujours engagé. Mais celui qu’on appelle engagé c’est celui qui se dit lui-même engagé. Et moi je me dis moi-même engagé.
TEAN : Alors pourquoi ce film-là dans la période actuelle ?
R.G. : C’est une réflexion sur la question de la morale et de l’engagement. Je pense que ce film nous dit qu’il n’y a pas de réussite individuelle mais seulement des réussites collectives. On ne peut être heureux si l’ensemble de la planète ne l’est pas. Après, pourquoi j’ai fait ce film aujourd’hui, c’est une autre question. Les films viennent comme ça. Pourquoi un sujet passe devant tous les autres, devient urgent à tel point qu’on se met à penser qu’à ça ?
TEAN : Ce film paraissait plutôt « évident » pour vous…
R.G. : C’est peut-être pour ça que je n’y pensais pas. C’est aussi un film lourd dans sa mise en place, dans son financement, dans le respect qu’il fallait avoir vis-à-vis d’une histoire vraie. Il y a vingt ans je n’aurai pas osé le faire.
À chaque fois qu’on se dit qu’on va travailler sur un sujet il sort au niveau mondial dix films sur le même sujet. On est les produits de notre époque. En ce moment, il sort deux livres et une bande dessinée sur le groupe et sur Missak. Et il y a les films sur l’apocalypse à la télé, le film de Tarantino… On s’imagine qu’on est le seul à travailler sur une affaire et non ! Ça veut dire que c’est peut-être nécessaire pour notre époque de parler de ça. Je sais pas si c’est inconscient, mais je vis ici et maintenant, donc forcement, ce que je fais a à voir avec ce qui ce passe en ce moment. Je crois que c’est aussi comme ça que les sujets arrivent .
TEAN : À propos de votre film, vous citez beaucoup la notion d’« hypothèse communiste » d’Alain Badiou.
R.G. : Oui ! Je me réjouis du succès de Badiou. Je le connais depuis longtemps, j’ai suivi de très près tous ses débats avec Althusser, Rancière, Balibar dans les années soixante-dix… Qu’ils aient du succès aujourd’hui, c’est quelque chose dont je me réjouis. Mais c’est aussi évident que ce sera long, pour plein de raisons. Aujourd’hui encore, toutes les télévisions du monde continuent de dire que la Corée du Nord est un pays communiste. Le communisme c’est la Corée du Nord !? Avant que le mot communisme recouvre une pureté originelle, il y en a pour un moment. C’est ce que dit Badiou.
TEAN : On peut faire le rapprochement entre l’armée du crime et Land and freedom de Ken Loach. Bien entendu parce qu’on se situe cinq-six ans après la guerre d’Espagne et qu’elle est présente dans tous les esprits. Il y a notamment deux aspects qui nous ont davantage marqués. Le premier est à propos de l’internationalisme des luttes. Ce sont deux moments de l’histoire du mouvement ouvrier où les luttes sont internationales. Quel sens ça a aujourd’hui de mettre cela en avant ?
R.G. : Je crois que c’est très important parce que comme les combats de classes ont un peu perdu leurs objectifs, on assiste à des replis identitaires. Ce sont des oppositions que je trouve ridicules et qui me peinent, car on aurait intérêt à redésigner ensemble notre ennemi commun. Les FTP-MOI sont une leçon d’internationalisme. Il n’y a rien qui me réjouisse plus que ces choses là. Je suis, comme je le dis avec humour, d’un peuple génocidé d’un coté et génocidaire de l’autre1. Disons que ça fait beaucoup ! J’adore quand un israélien boit un coup avec un palestinien. Et ce groupe-là, c’est la planète entière... Le film tire à boulet rouge sur la police française (qui le mérite bien) mais dans l’affiche, il faut rappeler qu’il y a aussi des français. Des brigades internationales, c’est magnifique.
TEAN : Le deuxième parallèle avec Land and freedom, c’est la scène du faux mariage arménien. Elle nous rappelle cette scène dans Land of freedom où ils discutent de continuer à accepter ou non les armes venant d’URSS. Est-ce qu’on continue d’accepter les ordres venant de Moscou ? Mais accepter les ordres, c’est avoir des armes et de l’argent... Etait-ce important de faire cette critique du stalinisme ?
R.G. : Je crois oui ! Je voulais être du coté de la lumière des personnages. Je ne voulais pas entrer forcément dans les polémiques. D’abord, on ne sait pas tout ce qui a pu se passer entre les communistes, les trotskistes, les marxistes, les staliniens, les italiens et les bulgares... Ce n’était pas le sujet central du film. Néanmoins, je devais bien citer des choses. Citer Petra par exemple, le dirigeant qui donne tous leurs noms à la fin. Bon, en réalité il s’appelait Davidovitch. J’ai changé les noms des méchants et j’ai gardé le nom des bons… Je tenais à en parler, parler des divergences qu’il y a eu, des querelles.
TEAN : Votre film questionne les différentes formes que peut prendre l’engagement militant. Vos personnages montrent l’affrontement permanent qu’il existe entre les notions d’éthique, de morale, de légalité et de violence. Loin d’être sacralisée, l’utilité de la violence, celle qui tue, est en permanence discutée. Mais qu’est ce que l’éthique ou encore la neutralité dans une telle période ? Quelle est l’actualité de ces questions-là ?
R.G. : Ces questions, je crois qu’elles se posent tous les jours. La question de la violence populaire dans l’histoire en générale, n’a jamais été qu’une violence de légitime défense. Je n’ai pas d’exemple où des populations sont entrées en lutte armée alors qu’il ne se passait rien. En soit, j’ai toujours été de manière extrêmement claire et ferme opposé à la violence. Je suis opposé à la lutte armée dans des circonstances certes, perverses, piégées, avec tous les défauts qu’elles ont de démocraties occidentales : Je suis très opposé aux brigades rouges, très opposé à la Bande à Baader. Lorsque les Basques étaient antifranquistes, j’étais d’accord avec eux, maintenant ce n’est plus le cas… Donc pour moi la violence doit être utilisée seulement en cas de légitime défense. Après il faudrait voir ce qu’on appelle légitime défense.
J’ai été tellement marqué par la Résistance française en général et cette affaire-là en particulier que je trouve que certaines formes de violences armées sont presque des insultes à ce qu’ils ont fait eux. Quand j’entends un corse qui se met dans la situation du peuple palestinien, c’est un truc qui m’énerve ! C’est un mensonge ! Mais je suis allé en Palestine il n’y a pas longtemps et je dois dire que je suis d’accord avec les attentats ciblés mais pas avec les meurtres de civils. Je les comprends mais je ne les justifie pas. Là-dessus, j’insiste lourdement sur le comportement des résistants du film, bien sur qu’il y a eu des victimes innocentes, mais je pense que c’est la résistance la plus juste qu’il y ai eu. Je le montre : la vielle dame qui est écartée ou lorsqu’ils refusent de balancer une grenade dans un hôtel plein de jeunes prostituées. Ce sont des histoires vraies ! Ils sont repartis au péril de leur vie pour ne pas tuer ces filles-là.
Après, quand je parle de violence, je parle de violence avec mort d’homme, avec une lutte armée. Parce que si la violence c’est de poser des bombonnes de gaz et de menacer de faire tout sauter… Je suis d’accord ! C’est complètement illégal, mais je soutiens totalement ça ! Quand on en est à un tel niveau, qu’il y a autant de morts en France, je comprendrai aisément que demain après une réunion syndicale, ils s’énervent et balancent trois chaises et huit ordinateurs par la fenêtre ! Qu’est ce que j’en ai à foutre ? Les gens qui parlent de violence parce que l’autre se prend un œuf sur la tête, c’est une blague !
TEAN : Que l’on soit militant ou non, en voyant votre film, on se projette forcément. On se dit qu’il est possible de se trouver dans une telle situation, où l’engagement signifie faire des choix très importants…
R.G. : Je n’ai jamais pensé que notre Occident à nous était garanti ad vitam aeternam de ne plus vivre ces guerres-là. Je ne suis pas persuadé que demain, par exemple, il n’y ait pas une nouvelle guerre franco-allemande. C’est évident que ça ne se profile pas mais, je ne sais pas si dans cinq siècles ça n’arrivera pas... En tout cas, il faut une vigilance permanente. C’est pour ça que je dis que résister c’est vivre.
Propos recueillis par
Giulia Acqua et Marie Sonnette
Samedi 26 septembre 2009
TOUT EST À NOUS !
Hebdomadaire du Nouveau Parti Anticapitaliste
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07.04.2009
L'Affiche rouge interprétée par Léo Ferré
L'affiche rouge
envoyé par Jefka59
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04.04.2009
Arben Abramovitch Dav'Tian
ARBEN ABRAMOVITCH DAV’TIAN
Arben dit André
alias Armenek Manoukian Tavitian
(1895-1944).
Nationalité Russe
(Né à Choucha, Russie en 1895 ou 1898, exécuté au Mont-Valérien, Suresnes 1944)
Arben Abramovitch Dav’tian (transcrit généralement Tavitian) est originaire de Transcaucasie. Il commence à travailler à l’âge de 14 ans. Serrurier, imprimeur, puis mécanicien, il rejoint en 1917 le parti bolchévique et s’engage l’année suivante dans l’Armée Rouge. D’abord soldat, il devient officier, responsable politique dans son unité. Il combat durant toute la guerre civile dans le Caucase.
Il entreprend à partir de 1923 des études à l’Université communiste de Transcaucasie dont il est exclu en 1925 pour trotskysme. En 1927, Arben Tavitian est exclu du Parti puis emprisonné en septembre1928. Il reste sous le contrôle du GPU à Erevan puis à Tiflis et enfin à Akmolinsk où il retrouve des militants de l’"Opposition de gauche". En 1931, il est à nouveau arrêté : incarcéré à la prison de Petropavlosk, il est condamné à trois ans de prison. Transféré à Verkhnéouralsk, il participe à une grève de la faim mais finit par plier et renier le trotskysme. Sa peine purgée, il est exilé à Andijan en Asie centrale : là, il parvient à s’enfuir d’Union Soviétique et à gagner la Perse en 1934.
Arben Tavitian reprend alors contact avec Léon Trotsky qui organise sa venue en France. Il débarque à Marseille en mai 1937 et témoigne dès son arrivée à Paris devant la commission d’enquête sur les procès de Moscou. Après avoir participé un temps aux activités du groupe russe réuni autour du fils de Trotsky, Léon Sedov, il s’en éloigne au bout de quelques mois ne supportant pas l’atmosphère de querelle qui y règne.
Il trouve du travail comme ouvrier et se rapproche des milieux de l’émigration arménienne. Arben Tavitian entre en juillet 1943 au premier détachement des Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) de Paris.
Arben Tavitian est arrêté en novembre 1943 par la Brigade Spéciale de la police parisienne qui le remet aux Allemands. Condamné à mort par la cour martiale du tribunal allemand auprès du commandant du Grand Paris en février 1944, il est fusillé le 21 février au Mont-Valérien avec 21 combattants FTP-MOI.
Sources bibliographiques
— L’ancien « trotskyste » du groupe Manouchian, Cahiers Léon Trotsky, septembre 1985,
— Abraham Lisnner, Un franc-tireur juif raconte ..., Paris, L’Auteur, 1977,
— Philippe Robrieux, L' Affaire Manouchian, vie et mort d'un héros communiste, Paris, Fayard, 1986.
Grégoire GEORGES-PICOT
Nous sommes à la recherche de documents concernant Arben Abramovitch Dav'Tian, toute personne susceptible de nous aider sera la bienvenue. S'il existe des témoignages ou une trace familiale de ce résistant, nous serions heureux de pouvoir, en étroite collaboration avec elles ou eux, apporter des précisions sur le parcours de ce trotskyste du groupe dit "Manouchian".
03:36 Publié dans ARBEN ABRAMOVITCH DAV'TIAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ftp moi, manouchian, rajman, affiche rouge, résistance
Archives allemandes
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11.09.2008
Texte de la chanson "La Petite juive"
A la demande de Anne Guillaumie,
nous publions le texte
La Petite juive de Maurice Fanon
LA PETITE JUIVE
Dans ce monde borné de quel entre deux guerres
Où ceux qui font les lois les troussaient par derrière
Nous n'avions que cinq ans du pains sec au dessert
Pour cinq lettres de trop ou un pet de travers
On nous disait tu vois c'est la croix que Grand-Père
A gagné au Chemin des Dames et nos grands frères
Abandonnant le bleu pour un kaki douteux
Cocufiaient Madelon dans les bras de Marlène
Une fois l'an nous allions voir entre père et mère
La victoire en chantant nous ouvrir la barrière
Et nous nous en allions en suçant des bonbons
Jouer du revolver à deux sous le bouchon.
Et je me souviens, la petite juive
Elle me disait viens
Elle était jolie
On faisait des bêtises
Où on ne faisait rien
Elle s'appelait Lise
Et je m'en souviens
Dans ce monde truqué de quelle drôle de guerre
Tout ceux qui font le front le bradait à l'arrière
Nous n'avions que dix ans et dans nos gibecières
Une histoire de France qui tombait en poussière
On nous a fait courir, traverser des rivières
Sur des ponts d'Avignon qui dansaient à l'envers
Ça tirait par devant, ça poussait par derrière
Les plus pressés n'étaient pas les moins militaires
On nous a fait chanter pour un ordre nouveau
D'étranges Marseillaises de petite vertu
Qui usaient de la France comme d'un rince cul
Et s'envoyaient en l'air aux portes des ghettos
Et je me souviens, la petite juive
On lui a dit viens
Elle était jolie
Elle a fait sa valise
Un baiser de la main
Elle s'appelait Lise
Il n'en reste rien
Dans ce monde mort-né d'avant quelle autre guerre
Le Japon blessé lèche encore son cancer
Dans ce monde septique où ceux qui ont la foi
Ne savent plus si Dieu est devant ou derrière
Dans ce monde d'argent où la banque surnage
Comme une poisson ventru qui attend le naufrage
Nous n'avons que trente ans sainte horreur de la guerre
Et pourtant nous n'avons pas cessé de la faire
On nous a fait marner de Djébel en rizières
De Karib en Sylla, de cuvettes en civières
Comme si nous n'avions pas autre chose à faire
Qu'à montrer nos fesses aux quatre coins de la terre
Et je me souviens la petite Juive
Elle me disait viens
Elle était jolie
On faisait des bêtises
Où on ne faisait rien
Elle s'appelait Lise
Et je m'en souviens.
Paroles et Musique : Maurice Fanon 1965
© 1965 Disque CBS
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22.03.2008
Joseph Boczov
JOSEPH BOCZOVJoseph Boczov de son vrai nom Ferenz Wolf est né en 1906 à Baja-Sprié, il était juif originaire de Transylvanie.
Lycéen, il se joignit au mouvement révolutionnaire. Après ses études secondaires, membre des jeunesses communistes, il partit à Prague ou il suivit ses études à l'Institut Polytechnique (il continue de militer avec d'autres étudiants).
Des 1936, il décide de partir en Espagne pour combattre en soldat antifasciste, il traverse clandestinement toutes les frontières. Arrêté en Autriche, il est emprisonné pour passage illégal de la frontière. Mais aucun obstacle ne peut l'arrêter, il arrive finalement au but. Pendant toute la guerre d'Espagne, il acquiert son expérience de combattant dans les rangs de l'armée.
Enfermé dans un camp d'internement, après la défaite de l'armée républicaine, il s'évade du camp d'Argeles en avril 1941, à la tête d'un groupe de volontaires roumains.
Arrivé à Paris, il s'engage avec les autres évadés, dans l'O.S (Organisation Spéciale), un certain nombre d'immigrés combattent déjà dans les rangs de cette organisation. Avec l'afflux des évadés, le Parti organise une formation M.O.I (Main-d'œuvre Ouvrier Immigré) au sein de l'O.S avec comme responsable Conrado Miret-Must, celui-ci est arrêté fin 1941, c'est Boczov qui est alors nommé à sa place.
En Mai-Juin 1942, Pseudo " Pierre ", entre dans les F.T.P-M.O.I et devient chef du quatrième détachement (détachement des dérailleurs), il avait pour matricule 10003. Boczov était un excellent technicien du matériel, c'est grâce à lui et au commandant Patrick que les partisans doivent cette fameuse mèche blanche qui brûle sans flamme et d'une manière régulière (en effet, à l'époque ou la mèche Bickford était introuvable et incommode, ils eurent l'idée d'utiliser les lacets en coton des chaussures de football, ils les trempaient dans du salpêtre du Chili et les transformaient en de véritable mèche de guerre).
C'est aussi grâce à lui, qu'est due la transformation de la mine anti-char en mine anti-train. Il a également perfectionné le déclenchement électrique dans les explosions de dynamite contre la voie ferrée alors que les autres groupes F.T.P français produisaient l'explosion en assurant le contacte électrique à la main et devaient s'abriter à cent mètres de la voie ferrée, Boczov avait réussi un déclenchement automatique, de même, c'est lui qui a inventé la fameuse charge en cisaille des paquets de dynamite sur la voie ferrée…
Dans la nuit du 3 au 4 août 1943, un groupe a fait sauter un train militaire sur la ligne Paris-Reims causant de nombreuses victimes.
Dans la nuit du 17 au 18 août, un autre groupe fit dérailler un train de permissionnaires sur la ligne de Longueville, dont la locomotive et plusieurs wagons se renversèrent sur la voie, causant un désastre. Au cours d'une troisième opération analogue, dans la nuit du 26 au 27 août, l'explosion détruit la locomotive et 14 wagons chargés du matériel militaire. Toutes ces opérations étaient dirigées par l'ancien milicien juif d'Espagne Boczov… Leur bilan se soldait par des centaines d'Allemands tués ou blessés et par de lourds dégâts matériels.…
Dans le communiqué du mois de septembre, l'état-major M.O.I. enregistrait de nouveaux progrès dans l'action des combattants sans uniforme. Au cours de ce mois, les partisans détruisirent plus de 75 wagons des trains militaires avec leurs locomotives, transportant soit des troupes, soit du matériel militaire, sans compter la recrudescence des attaques " courantes" contre des formations militaires allemandes dans les rues de la capitale.
Qui étaient-ils, ces hommes débordant de courage et de volonté de lutte ?
Leur chef, Boczov, âgé de 37 ans, enseignait à chacun de ses hommes l'art du maniement de différentes armes, par exemple du lancement de grenades à main explosant au bout de 6 secondes…
Il se déplaçait chaque fois, avec un groupe nouvellement constitué, chargé d'un acte de sabotage sur une ligne de chemin de fer, à l'endroit désigné, pour étudier avec ses hommes sur place le meilleur moyen de s'acquitter de leur tâche…
Il est arrêté en novembre 1943, condamné à mort lors du procès du 19 février 1944 et fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944.
Extrait de l'ouvrage Un franc-tireur juif raconte par Abraham Lissner. Édition Paris, 1969.
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25.02.2008
Si j'ai le droit de dire...
Si j’ai le droit de dire, en français, aujourd’hui,
Ma peine est mon espoir, ma colère et ma joie
Si rien ne s’est voilé, définitivement,
De notre rêve immense et de notre sagesse
Avant la tombée de la nuit, tu as parcouru le monde,
Tu nous apportes l’écho de tous les horizons de la vie
De toutes ses mains usées par le travail, des luttes et des victoires
Ton appel semblable à la lumière sans entrave des rayons de l’aube
Transi et fouetté par la tempête, tu es le feu qui nous réchauffe
Dans l’obscurité maudite, de notre serment tu es la flamme ardente
Flambée éternelle que les esprits en furie
Vocifèrent de leur haine impudente pour t’éteindre à jamais
Il semble parfois que tu vas t’éteindre, cependant chaque jour
Des volontés d’acier t’attisent, te tiennent debout
Et toi haletant, comme un apôtre aux jours de combat
Tu montres le chemin de la lumière
pour la grande victoire de l’Humanité.
Missak Manouchian, 1934
22:16 Publié dans MISSAK MANOUCHIAN | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : manouchian, poème, ruben melik, ftp-moi, affiche rouge
01.02.2008
La journée d'un "terroriste"
On ne devait pas se connaître par nos vrais noms, en cas d’arrestation. On m’a demandé de choisir un pseudonyme. J’ai proposé “Jean”, c’était déjà pris, “Paul”, déjà pris, et ainsi de suite. A un moment donné, j’ai pensé à l’oiseau, Woody Woodpecker, j’ai dit “Pivert”. On me l’a accordé. On ne devait pas aller au cinéma, pas entrer dans les cafés, pas prendre le métro, éviter tous les lieux où il y avait des contrôles. On n’avait le droit d’aller nulle part en somme. J’allais au cinéma… bien que ce soit interdit. J’allais voir ma mère, j’avais pas le droit, mais j’y allais quand même, pour manger. J’avais faim, toute la journée j’avais faim. Je ne pensais qu’à ça. Et puis je marchais dans Paris, pour aller aux rendez-vous. Il faut l’avouer, je m’emmerdais, marcher toute la journée ce n’est pas une partie de plaisir. Sauf quand j’ai fait équipe avec Plombier : on avait le même âge, on marchait ensemble, on parlait… et il savait faire des crêpes à la farine de haricot. C’était bon. On allait dans un restaurant à St Michel où on servait du lapin. A l’époque quand tu commandais un plat de viande, il fallait donner un ticket d’alimentation. Là ils n’en exigeaient pas : je me demande si le lapin ce n’était pas du chat. Le soir, je retrouvais ma chambre. C’était une mansarde pleine de… punaises. Un enfer. C’est Gilbert qui m’avait trouvé cette chambre. Comme j’étais pas majeur, c’est lui qui m’a servi de tuteur auprès de la propriétaire. On touchait 2 300 francs par mois. Vers le 20 de chaque mois, il ne me restait plus grand chose pour vivre. J’allais plus souvent chez ma mère.
LES ARMES
Un jour Plombier m’a dit “viens je vais t’apprendre à te servir d’un revolver”. Il m’a emmené en forêt de Viroflay, il a épinglé un journal contre un arbre ; on s’est mis à une dizaine de mètres et on a tiré. J’ai manqué le journal. C’est la seule fois où j’ai eu à me servir d’un revolver pendant la guerre.
On m’a fixé un rendez-vous avec Manouchian. C’était le responsable.
C’est le seul que j’ai connu. C’est lui qui fixait les objectifs, qui nous donnait nos salaires, nos tickets d’alimentation.
L’équipe spéciale c’était Rayman, qui avait un ou deux ans de plus que moi, Alfonso qui avait fait la guerre d’Espagne et un Allemand, très sévère, qui se faisait appeler Marcel 3 et qui avait un accent terrible, il ne voulait pas que je lui parle dans la rue, pour ne pas avoir à répondre.
L’ATTENTAT “REUSSI-MANQUE”
CONTRE LE GENERAL VON SCHAUMBURG
Manouchian m’a dit que des camarades avaient repéré le général commandant du Grand-Paris et qu’ils avaient préparé une action contre lui. On devait l’attaquer dans sa voiture qui passait tous les jours avenue Paul-Doumer. C’était une voiture décapotée. Nous étions quatre. Marcel*, l’Allemand sévère, devait lancer une grenade sur la voiture. Rayman était première défense, moi deuxième défense. Et il y avait un quatrième combattant 4 qui devait nous prévenir, par un signe, de l’arrivée de la voiture. De ma place, je ne voyais rien de l’action ; je devais attendre que Marcel et Rayman se replient en passant devant moi pour me retirer. Si quelqu’un les poursuivait je devais l’abattre. J’étais à mon poste, j’attendais. Et tout d’un coup j’ai entendu l’explosion. Marcel et Rayman sont passés devant moi et je me suis replié. L’action semblait avoir réussi. On en était convaincus. Le seul problème, c’est que le général ne se trouvait pas dans sa voiture ce jour-là. Mais ça, on ne l’a su que 20 ans plus tard…
LES FILATURES
On était filés depuis des mois. Je le voyais. J’ai vu Plombier suivi. J’ai vu Davidowicz se faire suivre. Je passais mes journées à essayer de “défiler les filatures” ; j’utilisais la station de métro Arsenal qui était peu fréquentée : je montais dans un wagon et au moment où les portes allaient se refermer je sautais sur le quai qui était désert. Mais les filatures reprenaient quelques jours plus tard. Les flics, les flics français, tissaient autour de nous une toile et ils attendaient le moment propice.
MA DERNIERE ACTION
Le service de renseignement avait repéré un major allemand qui allait s’asseoir tous les matins au Parc Monceau pour lire. Le service de renseignement c’étaient des camarades, des femmes principalement, qui circulaient dans Paris à la recherche de cibles. On en a parlé à deux ou trois rendez-vous et Manouchian nous a donné l’ordre de l’abattre. C’est Alfonso qui a été chargé de l’action. Il devait venir à vélo, tirer sur le major à bout portant, et s’enfuir. Rayman était première défense, moi deuxième et Marcel derrière nous en observateur.
L’AFFICHE ROUGE ?
*Il s’agit probablement de Léo Kneller.
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