22.03.2008
Joseph Boczov
JOSEPH BOCZOVJoseph Boczov de son vrai nom Ferenz Wolf est né en 1906 à Baja-Sprié, il était juif originaire de Transylvanie.
Lycéen, il se joignit au mouvement révolutionnaire. Après ses études secondaires, membre des jeunesses communistes, il partit à Prague ou il suivit ses études à l'Institut Polytechnique (il continue de militer avec d'autres étudiants).
Des 1936, il décide de partir en Espagne pour combattre en soldat antifasciste, il traverse clandestinement toutes les frontières. Arrêté en Autriche, il est emprisonné pour passage illégal de la frontière. Mais aucun obstacle ne peut l'arrêter, il arrive finalement au but. Pendant toute la guerre d'Espagne, il acquiert son expérience de combattant dans les rangs de l'armée.
Enfermé dans un camp d'internement, après la défaite de l'armée républicaine, il s'évade du camp d'Argeles en avril 1941, à la tête d'un groupe de volontaires roumains.
Arrivé à Paris, il s'engage avec les autres évadés, dans l'O.S (Organisation Spéciale), un certain nombre d'immigrés combattent déjà dans les rangs de cette organisation. Avec l'afflux des évadés, le Parti organise une formation M.O.I (Main-d'œuvre Ouvrier Immigré) au sein de l'O.S avec comme responsable Conrado Miret-Must, celui-ci est arrêté fin 1941, c'est Boczov qui est alors nommé à sa place.
En Mai-Juin 1942, Pseudo " Pierre ", entre dans les F.T.P-M.O.I et devient chef du quatrième détachement (détachement des dérailleurs), il avait pour matricule 10003. Boczov était un excellent technicien du matériel, c'est grâce à lui et au commandant Patrick que les partisans doivent cette fameuse mèche blanche qui brûle sans flamme et d'une manière régulière (en effet, à l'époque ou la mèche Bickford était introuvable et incommode, ils eurent l'idée d'utiliser les lacets en coton des chaussures de football, ils les trempaient dans du salpêtre du Chili et les transformaient en de véritable mèche de guerre).
C'est aussi grâce à lui, qu'est due la transformation de la mine anti-char en mine anti-train. Il a également perfectionné le déclenchement électrique dans les explosions de dynamite contre la voie ferrée alors que les autres groupes F.T.P français produisaient l'explosion en assurant le contacte électrique à la main et devaient s'abriter à cent mètres de la voie ferrée, Boczov avait réussi un déclenchement automatique, de même, c'est lui qui a inventé la fameuse charge en cisaille des paquets de dynamite sur la voie ferrée…
Dans la nuit du 3 au 4 août 1943, un groupe a fait sauter un train militaire sur la ligne Paris-Reims causant de nombreuses victimes.
Dans la nuit du 17 au 18 août, un autre groupe fit dérailler un train de permissionnaires sur la ligne de Longueville, dont la locomotive et plusieurs wagons se renversèrent sur la voie, causant un désastre. Au cours d'une troisième opération analogue, dans la nuit du 26 au 27 août, l'explosion détruit la locomotive et 14 wagons chargés du matériel militaire. Toutes ces opérations étaient dirigées par l'ancien milicien juif d'Espagne Boczov… Leur bilan se soldait par des centaines d'Allemands tués ou blessés et par de lourds dégâts matériels.…
Dans le communiqué du mois de septembre, l'état-major M.O.I. enregistrait de nouveaux progrès dans l'action des combattants sans uniforme. Au cours de ce mois, les partisans détruisirent plus de 75 wagons des trains militaires avec leurs locomotives, transportant soit des troupes, soit du matériel militaire, sans compter la recrudescence des attaques " courantes" contre des formations militaires allemandes dans les rues de la capitale.
Qui étaient-ils, ces hommes débordant de courage et de volonté de lutte ?
Leur chef, Boczov, âgé de 37 ans, enseignait à chacun de ses hommes l'art du maniement de différentes armes, par exemple du lancement de grenades à main explosant au bout de 6 secondes…
Il se déplaçait chaque fois, avec un groupe nouvellement constitué, chargé d'un acte de sabotage sur une ligne de chemin de fer, à l'endroit désigné, pour étudier avec ses hommes sur place le meilleur moyen de s'acquitter de leur tâche…
Il est arrêté en novembre 1943, condamné à mort lors du procès du 19 février 1944 et fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944.
Extrait de l'ouvrage Un franc-tireur juif raconte par Abraham Lissner. Édition Paris, 1969.
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01.02.2008
La journée d'un "terroriste"
On ne devait pas se connaître par nos vrais noms, en cas d’arrestation. On m’a demandé de choisir un pseudonyme. J’ai proposé “Jean”, c’était déjà pris, “Paul”, déjà pris, et ainsi de suite. A un moment donné, j’ai pensé à l’oiseau, Woody Woodpecker, j’ai dit “Pivert”. On me l’a accordé. On ne devait pas aller au cinéma, pas entrer dans les cafés, pas prendre le métro, éviter tous les lieux où il y avait des contrôles. On n’avait le droit d’aller nulle part en somme. J’allais au cinéma… bien que ce soit interdit. J’allais voir ma mère, j’avais pas le droit, mais j’y allais quand même, pour manger. J’avais faim, toute la journée j’avais faim. Je ne pensais qu’à ça. Et puis je marchais dans Paris, pour aller aux rendez-vous. Il faut l’avouer, je m’emmerdais, marcher toute la journée ce n’est pas une partie de plaisir. Sauf quand j’ai fait équipe avec Plombier : on avait le même âge, on marchait ensemble, on parlait… et il savait faire des crêpes à la farine de haricot. C’était bon. On allait dans un restaurant à St Michel où on servait du lapin. A l’époque quand tu commandais un plat de viande, il fallait donner un ticket d’alimentation. Là ils n’en exigeaient pas : je me demande si le lapin ce n’était pas du chat. Le soir, je retrouvais ma chambre. C’était une mansarde pleine de… punaises. Un enfer. C’est Gilbert qui m’avait trouvé cette chambre. Comme j’étais pas majeur, c’est lui qui m’a servi de tuteur auprès de la propriétaire. On touchait 2 300 francs par mois. Vers le 20 de chaque mois, il ne me restait plus grand chose pour vivre. J’allais plus souvent chez ma mère.
LES ARMES
Un jour Plombier m’a dit “viens je vais t’apprendre à te servir d’un revolver”. Il m’a emmené en forêt de Viroflay, il a épinglé un journal contre un arbre ; on s’est mis à une dizaine de mètres et on a tiré. J’ai manqué le journal. C’est la seule fois où j’ai eu à me servir d’un revolver pendant la guerre.
On m’a fixé un rendez-vous avec Manouchian. C’était le responsable.
C’est le seul que j’ai connu. C’est lui qui fixait les objectifs, qui nous donnait nos salaires, nos tickets d’alimentation.
L’équipe spéciale c’était Rayman, qui avait un ou deux ans de plus que moi, Alfonso qui avait fait la guerre d’Espagne et un Allemand, très sévère, qui se faisait appeler Marcel 3 et qui avait un accent terrible, il ne voulait pas que je lui parle dans la rue, pour ne pas avoir à répondre.
L’ATTENTAT “REUSSI-MANQUE”
CONTRE LE GENERAL VON SCHAUMBURG
Manouchian m’a dit que des camarades avaient repéré le général commandant du Grand-Paris et qu’ils avaient préparé une action contre lui. On devait l’attaquer dans sa voiture qui passait tous les jours avenue Paul-Doumer. C’était une voiture décapotée. Nous étions quatre. Marcel*, l’Allemand sévère, devait lancer une grenade sur la voiture. Rayman était première défense, moi deuxième défense. Et il y avait un quatrième combattant 4 qui devait nous prévenir, par un signe, de l’arrivée de la voiture. De ma place, je ne voyais rien de l’action ; je devais attendre que Marcel et Rayman se replient en passant devant moi pour me retirer. Si quelqu’un les poursuivait je devais l’abattre. J’étais à mon poste, j’attendais. Et tout d’un coup j’ai entendu l’explosion. Marcel et Rayman sont passés devant moi et je me suis replié. L’action semblait avoir réussi. On en était convaincus. Le seul problème, c’est que le général ne se trouvait pas dans sa voiture ce jour-là. Mais ça, on ne l’a su que 20 ans plus tard…
LES FILATURES
On était filés depuis des mois. Je le voyais. J’ai vu Plombier suivi. J’ai vu Davidowicz se faire suivre. Je passais mes journées à essayer de “défiler les filatures” ; j’utilisais la station de métro Arsenal qui était peu fréquentée : je montais dans un wagon et au moment où les portes allaient se refermer je sautais sur le quai qui était désert. Mais les filatures reprenaient quelques jours plus tard. Les flics, les flics français, tissaient autour de nous une toile et ils attendaient le moment propice.
MA DERNIERE ACTION
Le service de renseignement avait repéré un major allemand qui allait s’asseoir tous les matins au Parc Monceau pour lire. Le service de renseignement c’étaient des camarades, des femmes principalement, qui circulaient dans Paris à la recherche de cibles. On en a parlé à deux ou trois rendez-vous et Manouchian nous a donné l’ordre de l’abattre. C’est Alfonso qui a été chargé de l’action. Il devait venir à vélo, tirer sur le major à bout portant, et s’enfuir. Rayman était première défense, moi deuxième et Marcel derrière nous en observateur.
L’AFFICHE ROUGE ?
*Il s’agit probablement de Léo Kneller.
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La guérilla urbaine, Adam Rayski
LA FORME DE COMBAT UTILISEE
En 1943, en région parisienne, les FTP-MOI forment le seul groupe de résistants importants qui continuent de lutter l’arme au poing contre l’occupant. Hormis les réseaux de résistance consacrés aux renseignements, les FTP-MOI sont désormais les seuls sur la place.
Mais ce n’est pas un hasard si, en 1943, il n’y avait plus que des étrangers pour mener la lutte armée à Paris. En effet, les groupes de résistants composés de français de souche, qui, comme les FTP-MOI prônent l’action armée, ont tous été démantelés par la police française durant la terrible année 1942. Les résistants français n’avaient pas la même expérience de la clandestinité et de la guérilla urbaine que les FTP-MOI. La chute de leurs réseaux en a été facilité.
Le rapport de forces entre, d’un côté les FTP-MOI et de l’autre la Gestapo et une police française au service des Allemands, est profondément inégal. On compte, dans les rangs des FTP-MOI, 65 résistants actifs à l’été 1943 à Paris. En face, on dénombre (sans la Gestapo), deux cents inspecteurs zélés des Brigades spéciales des renseignements généraux de la Préfecture de police. Ces policiers sont déterminés à mettre fin aux agissements de ces « communo-terroristes ».
L’efficacité et la combativité des hommes et des femmes des FTP-MOI est remarquable. Ils commettent des attentats contre des officiers supérieurs allemands. Ils font dérailler des trains sur des lignes stratégiques. Ils posent des bombes dans des officines de collaborateurs et des restaurants mal fréquentés. Ils lancent des grenades sur la troupe. Ils volent armes, argent et explosifs pour monter de futures opérations.
De juin 1942 à novembre 1943, les FTP-MOI parisiens ont accompli 229 actions contre les Allemands et les collaborateurs, soit une opération armée pratiquement tous les deux jours.
Levallois-Perret, le 17 mars 1943 :
Attaque à la grenade d’un détachement allemand qui circule rue Rivay. Un soldat allemand tué et 15 blessés.
Paris, le 26 mai 1943 :
Attaque d’un restaurant réservé aux officiers allemands à la Porte d’Asnières.
Paris, le 3 juin 1943, rue Mirabeau :
Deux FTP-MOI attaquent à la grenade un autocar transportant des marins allemands. Lors du repli, l’un des deux partisans, blessé, préfère se tuer avec sa dernière balle plutôt que d’être arrêté.
Paris, le 10 juin 1943, VIIe arrondissement :
Attaque du siège du parti fasciste italien rue Sédillot à l’occasion du troisième anniversaire de la déclaration de guerre de l’Italie à la France.
Rueil-Malmaison, le 23 juin 1943 :
Attaque à la grenade du poste de garde de la caserne Guynemer investi par les troupes allemandes.
Banlieue parisienne :
Dynamitages de pylônes électriques afin de ralentir la production industrielle destinée à l’ennemi.
Eté 1943 :
Recrudescence des déraillements et sabotages sur des lignes et des trains en région parisienne et en particulier sur les lignes de la gare de l’Est.
Paris, 12 novembre 1943 :
Vincennes, le 12 novembre 1943 :
Vol dans un garage de bicyclettes pour faciliter la fuite après les coups.
L’action des FTP-MOI qui eut le plus de retentissement fut l’exécution, le 28 septembre 1943, rue Pétrarque, dans le XVIe arrondissement de Paris, du général SS Julius Ritter par l’équipe spéciale des FTP-MOI. Cet officier supérieur allemand supervisait en France le Service du Travail Obligatoire (STO), responsable de l’envoi de milliers de travailleurs outre-Rhin.
L’onde de choc provoqué par cet assassinat arriva jusqu’à Berlin. Himmler (chef des SS), ordonna à Oberg (chef de la police et des SS en France) de mettre, selon ses propres termes, « ces terroristes hors d’état de nuire ».
Rue Pétrarque – XVIe arrondissement de Paris, domicile du général SS Julius Ritter et lieu de l’attentat, le 28 septembre 1943.
C’est au moment ou le général SS Julius Ritter monte dans sa voiture pour partir au travail que Celestino Alfonso tire le premier, les balles amorties par les vitres de la voiture blesseront Ritter. Celui-ci tente de fuir du côté opposé, il se trouve alors en face de Marcel Rajman qui l’acheva de trois balles.
La Gestapo a longtemps été le symbole de la répression menée contre la Résistance.
Or, les forces allemandes ont travaillé de concert avec la police française. Ainsi, à partir de l’été 1942, la deuxième Brigade spéciale des renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris organise de vastes filatures contre les résistants communistes étrangers.
Alors même qu’ils multipliaient les exécutions, « les grenadages » et les attaques de trains, plusieurs des chefs du groupe FTP-MOI étaient surveillés de longue date par ces inspecteurs zélés des RG. Ces policiers les « cueillirent » quand ils eurent la certitude de pouvoir les anéantir d’un seul coup.
Ces filatures aboutirent en 1943 à trois coups de filet dévastateurs. Le premier au mois de mars 1943, le second qui décapite le deuxième détachement des FTP-MOI en juin et, enfin, le coup de grâce est porté en novembre 1943 avec l’arrestation du noyau dur du réseau : les 23 du procès du « groupe Manouchian et de l’Affiche rouge » dont les membres expérimentés de l’Equipe spéciale ( Celestino Alfonso, Léo Kneler, Marcel Rajman) ainsi que les responsables des FTP-MOI : Joseph Bokzor, Missak Manouchian, Joseph Epstein.
L’arrestation de M. Manouchian et de J. Epstein à Evry-petit-Bourg :
Les bords de la Seine à Evry-petit-Bourg (Essonne), lieu de l'arrestation de Joseph Epstein et Missak Manouchian par la BS2.
(D’après le rapport de police – Archives nationales, Z6 82/1260). FTP-MOI, guérilla urbaine
00:10 Publié dans A PROPOS DES FTP-MOI | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : FTP-MOI, guérilla urbaine, Manouchian, Epstein, Rajman, Affichhe rouge, Adam Rayski
20.12.2007
L'affaire Manouchian par André Calvès
2) Au cours du débat, on découvre que la direction PCF est encore plus représentée que prévu. Outre le délégué officiel, il y a un historien en service commandé et un militant arménien très « dans la ligne ».
3) Quand il est question de la fin de la lettre de Manouchian dans laquelle il dit avoir été trahi et vendu, le représentant PCF estime évident que ces propos visent le gouvernement de Vichy ; mais il ne veut pas savoir pourquoi cette phrase disparut chaque fois que le PCF publia la lettre de Manouchian.
Bizarre ! Il oublie aussi, délibérément, l’histoire de la brochure sur l’action des militants juifs dans le Sud-Ouest et l’ordre qui fut donné de « franciser » leurs noms.
4) On voit mal, comment, il eut été possible de faire quitter Paris à tout un groupe de militants qui étaient déjà repérés. Il semble qu’ils auraient été suivis encore plus facilement en province.
5) On comprend mal comment la direction PCF aurait pu laisser sans subsides les groupes MOI à un certain moment. En principe, c’était toujours des équipes FTP qui s’occupaient de récupérer de l’argent, des cartes d’identité et de ravitaillement. Normalement les MOI ne devaient pas avoir besoin de la direction PCF pour s’occuper de cela.
6) Etant donné les points 4 et 5, aucune précision ne permet d’affirmer que les MOI auraient été trahis par la direction PCF.
7) Ceci dit, il est certain qu’il y eut toujours des équivoques entre la ligne de Moscou incarnée par Duclos et les aspirations de la base communiste. Il parait plus qu’évident que les MOI devaient être pleins d’amertume en constatant que pendant une longue période, ils furent seuls, sur Paris, à mener une action contre l’occupant. Ces militants MOI ne pouvaient pas ne pas se demander ce que faisait le puissant PCF dans la même période. S’il y avait eu d’autres compagnies FTP sur la ville, les MOI auraient été soulagés d’autant et l’action de la Gestapo et des policiers français aurait été bien plus difficile. Or, les communiqués militaires publiés par la presse clandestine du PCF prouvent eux-mêmes que pendant une longue période, seuls les MOI combattirent sur Paris. Pourquoi ?
Tout en développant un super patriotisme chauvin dans sa presse, la direction PCF laissa espérer aux militants de base l’espoir d’une révolution sociale à la libération. Toute l’équivoque est là !
9) Le moins qu’on puisse dire, c’est que des MOI, morts, causaient moins d’ennuis à Staline et Duclos que des MOI vivants. On peut honorer les morts et même s’en parer, alors que les vivants parlent.
Il est notoire que le chef de l’Orchestre Rouge fut récompensé par dix ans de prison à Moscou. Dix ans qui auraient été l’éternité si Staline n’était pas mort. Or, tout comme les MOI, il s’agissait non pas de militants trotskystes, mais d’hommes qui avaient confiance en Staline. Leur tort était de croire en un Staline fidèle aux idées communistes. Ils risquaient fort un jour de devenir des opposants. D’une manière ou d’une autre, beaucoup périrent « préventivement ».
10) Dans une armée ne règne aucun semblant de démocratie. Quand un journal écrit : « L’armée est mécontente du gouvernement » cela signifie simplement que les généraux sont mécontents. Quand un journal écrit que tel général est une ordure sadique, ce journal insulte « l’armée » et chaque sergent explique à chaque soldat qu’il doit se sentir gravement offensé.
Si un soldat ne fait tuer héroïquement à cause de l’ordre imbécile d’un général, l’armée toute entière est priée de se sentir honorée par cet héroïsme et le général imbécile ne craint pas de se sentir honoré également. L’armée a un drapeau. C’est un symbole très important pour le soldat mais peu gênant pour le général.
Le Parti Communiste de Duclos-Thorez fonctionnait comme une armée avec, toutefois, un congrès annuel qui n’était plus qu’une ancienne coutume sans importance.
Jamais un congrès ne décida un tournant important. Les généraux apportèrent aux troupes disciplinées, le pacte franco-soviétique et la fin de l’antimilitarisme, le pacte germano-soviétique et la révision de l’antifascisme, la fin de l’internationalisme et la formule : « À chacun son Bôche et la France sera sauvée », la fin d’une véritable volonté de transformation sociale et la reddition des armes. Jamais un militant ne fut consulté préalablement sur ces questions capitales. Le pli est si bien pris que le militant apprit à la télévision par la bouche de Marchais que la notion de « Dictature du prolétariat » n’était plus de mise.
Il n’empêcha pas Staline de livrer des militants communistes allemands à Hitler en 1939. Mais critiquer cette action abominable, c’était faire de l’anticommunisme ! Ainsi, l’Eglise catholique condamna comme anti-chrétiens tous ceux qui dénonçaient le luxe du Vatican et la vente des indulgences.
11) Doit-on conclure que Moscou et le PCF n’ont plus rien à voir avec la Révolution d’Octobre ?
Ceux qui pensent ainsi réussissent parfois à convaincre des militants, mais ils ne réussirent pas à convaincre l’impérialisme allemand qui traitait assez correctement les officiers anglais prisonniers alors qu’il massacrait impitoyablement les officiers et les cadres soviétiques.
Ils ne réussissent pas à convaincre Reagan qui accuse — à tort souvent — l’URSS d’aider tous les mouvements de libération. Ils ne peuvent convaincre nombre d’ouvriers qui voient que deux fois sur trois c’est un militant communiste qui risque le licenciement pour défendre les revendications des camarades. Il est certain qu’existe en URSS une couche sociale privilégiée qui vit sur les acquis de la Révolution d’Octobre, qui craint un prolétariat conscient et qui a peur de l’impérialisme. Il est certain aussi que jamais l’impérialisme n’a attaqué ou menacé l’URSS pour punir les vilains profiteurs et venger les ouvriers.
Le résultat des actions du « génial » Staline fut, il est vrai, que cette guerre coûta 20 millions d’hommes à l’URSS contre 5 millions à 1’Allemagne.
Par milliers, par dizaines de milliers, des militants déçus, écœurés, demeurent sur le bord de la route. Souvent ils sont écrasés tout de même.
Honneur à eux !
02:45 Publié dans A PROPOS DES FTP-MOI | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Manouchian, MOI, PCF, URSS, Duclos, Thorez, Résistance
18.09.2007
Georges Duffau s'exprime
AU NOM DE MON PERE JOSEPH EPSTEIN,De la Pologne à la France, en passant par l’Espagne, le colonel Gilles des FTP, " communiste juif étranger ", a mené un formidable combat pour la liberté avant d’être arrêté avec Manouchian.
Vous êtes le fils de Joseph Epstein (1), connu sous le nom de colonel Gilles, qui était commandant des FTP de l’Île-de-France. Était-il, à ce titre, le stratège des actions militaires, notamment celles des FTP-MOI, connus pour leurs actions d’éclat, en particulier dans la région parisienne ?
Georges Duffau. Mon père a inauguré, on peut le dire, une nouvelle technique de guérilla urbaine, qui a été reprise ensuite par de nombreux groupes de FTP dans l’ensemble de la France. Cela ne s’est pas fait sans débat. Il y avait des tenants de l’ancienne tactique et d’autres partisans d’en changer avec l’objectif de prendre moins de risques. De quoi s’agit-il ? Pendant très longtemps, les combattants armés de la Résistance ont attaqué à trois, l’un lançait la grenade, un autre qui possédait un revolver le couvrait et le troisième assurait le chemin du repli. Le résultat était qu’on déplorait souvent de grosses pertes face aux troupes allemandes nombreuses et bien armées. Mon père a préconisé une nouvelle technique de guérilla urbaine qui engageait entre douze et vingt hommes. Il y avait toujours celui ou ceux qui lançaient les grenades et ensuite, sur l’itinéraire de repli, étaient postés, successivement, des groupes de trois ou quatre. Les Allemands qui les poursuivaient se heurtaient à une riposte de plus en plus importante. Les pertes du côté des résistants ont sensiblement diminué. Cette tactique n’était pas évidente parce qu’aux yeux de certains on exposait beaucoup trop d’hommes. Mais les faits ont tranché, et j’ai toujours en mémoire les confidences de résistants me disant : " Nous sommes vivants grâce à ton père, parce que, si nous n’avions pas mis en place cette tactique à Lyon et à Villeurbanne, nous y serions tous restés. "
À qui s’attaquaient-ils ?
Georges Duffau. Aux troupes allemandes uniquement, exclusivement. Ils s’attaquaient aux soldats, aux officiers, à leurs généraux. Ils ont exécuté un certain nombre de hauts gradés dans leurs voitures.
On a une évaluation de leur nombre ?
Georges Duffau. Il faudrait reprendre tous les communiqués militaires des FTP de l’époque. C’est difficile à dire aujourd’hui. Je ne suis pas historien. J’ai en tête quelques actions d’éclat où il y a eu jusqu’à cinquante morts du côté allemand et zéro - même pas un blessé - du côté des résistants. À l’Odéon, par exemple, où ils se sont attaqués aux militaires allemands attablés à une terrasse de café.
D’où venait à votre père ce sens de la stratégie, de la tactique ?
Georges Duffau. Cela remonte à son plus jeune âge. En Pologne, où il est né, il a suivi, au cours de ses études, la préparation militaire, qui déjà l’intéressait. Ensuite, immigré en France, il est parti pour l’Espagne, où il a mis en pratique son expérience durant la guerre civile. À vingt-trois, vingt-quatre ans, il s’est retrouvé lieutenant dans les Brigades internationales. Après son retour en France, en 1939, il s’est engagé comme deuxième classe dans la Légion étrangère pour combattre les nazis. Fait prisonnier, évadé du stalag, après avoir été repris une première fois, il est rentré en France, où il a trouvé la liaison avec la Résistance. Sa première mission a été d’organiser des sabotages dans les usines avec la CGT clandestine. C’est en février 1943, je crois, qu’il a été nommé commandant FTP de la région parisienne.
Pourquoi cet engagement très vite dans l’Espagne républicaine ?
Georges Duffau. Mon père, dès sa jeunesse en Pologne, était déjà communiste. Il se battait contre l’antisémitisme, pour la défense des ouvriers. Quand il est arrivé en France, naturellement, il a adhéré au Parti communiste français. Il a milité dans les différentes villes, Tours, Bordeaux, où il a fait ses études, des études de droit pour devenir avocat, diplôme qu’il a eu très peu de temps avant de partir pour l’Espagne. Son combat contre le fascisme a été l’engagement de toute sa vie. Dans la dernière lettre qu’il m’a adressée, écrits en travers du texte, il y a ces mots : " Vive la liberté, vive la France ! "
La France était, à ses yeux, une terre de liberté ?
Georges Duffau. Même s’il avait souffert de tracasseries policières du fait de son engagement politique, la France était pour lui un pays de liberté. Mais, peut-être, encore plus fondamentalement, il se battait pour que tous les enfants comme le sien connaissent une vie heureuse.
Des gens qui mettent en cause le film Mont-Valérien, aux noms des fusillés déplorent qu’on n’y voie, selon eux, essentiellement des communistes, des juifs et des étrangers. On ne peut pas ne pas penser aussitôt à Joseph Epstein, qui était les trois à la fois, et à d’autres comme lui...
Georges Duffau. ...Juif, communiste, étranger !
Comment ressentez-vous cette désignation " communiste juif étranger " qui, pour certains, serait péjorative et qui, pour d’autres, est plutôt un titre de gloire ?
Georges Duffau. De la façon dont certains l’utilisent en termes polémiques je le ressens comme une insulte. Je crois que ces fusillés, souvent communistes et parfois étrangers, juifs, étaient aussi tout simplement français. Ils se battaient ensemble pour une idée. On veut les faire disparaître une deuxième fois parce qu’ils étaient communistes, et ça je ne peux pas le supporter. Même si, aujourd’hui, on sait que dans les pays de l’Est il s’est passé des choses inadmissibles, très graves, il n’empêche qu’à ce moment-là, au nom du communisme, ils se battaient pour la liberté. C’est un titre de gloire qu’on ne peut pas leur enlever !
Aux yeux des nouvelles générations, c’est peut-être aujourd’hui, à une époque de forte aspiration à l’universalité, une chose magnifique qu’un étranger puisse devenir aussi citoyen de la Liberté dans le pays où il vit ?
Georges Duffau. Il n’y a pas, je crois, image plus noble. La liberté n’a pas de frontières.
Vous participez à des débats dans des lycées. Comment est ressentie cette figure d’Epstein, ce juif étranger communiste mort pour la France ?
Georges Duffau. Ce qui frappe les jeunes, quand on discute avec eux, c’est la valeur de l’engagement qui va jusqu’au sacrifice de la vie. Quand on parle de ceux qui sont tombés au Mont-Valérien ou à Châteaubriant, on parle en particulier de Guy Môquet et d’André Kirschen, seul survivant du procès de la Maison de la chimie, qui avaient seize ans, l’âge des lycéens qu’on rencontre. Et ça les amène à se poser la question : est-ce que, moi, je suis capable, au nom d’un idéal, de m’engager jusque-là ? Ce sont toujours des débats extrêmement passionnants. J’ai en tête une rencontre qui m’a marqué. J’accompagnais une classe dans la visite du Mont-Valérien. À la fin, deux adolescentes ont tenu à discuter assez longuement avec moi sur ce qui s’était passé. L’une portait un collier avec une main de fatma et l’autre une étoile de David. Elles avaient toutes les deux le même regard admiratif en évoquant ces jeunes qui s’étaient ainsi battus. Compte tenu de ce qui se passe aujourd’hui dans le monde et des relents à la fois d’antisémitisme et de racisme anti-arabe, le fait que ces deux jeunes filles se retrouvent ensemble sur ce sujet, j’ai trouvé cela formidable. Pour ces jeunes, le fait d’être juif, communiste et étranger, peu importe l’ordre, n’est pas le fait essentiel. L’important, c’est qu’ils se battaient pour la liberté, pour la France, contre le fascisme. Ces jeunes n’ont pas les mêmes a priori que nous quand on parle des communistes, ils ne pensent pas forcément tout de suite à Staline !
Pour votre père, le sentiment d’être juif existait-il dans sa conscience sociale, dans son engagement ?
Georges Duffau. C’est une question très difficile. Mon père est mort quand j’avais deux ans et demi. J’en sais ce que j’en ai lu ou ce qui m’en a été dit par ses proches. Ma mère, qui était dans la même situation que lui, qui était juive, communiste, polonaise, a souffert en Pologne de ce qu’on appelait le " numerus clausus ". Au-delà d’un certain nombre, les juifs n’avaient pas le droit de faire des études supérieures. Elle a immigré en France pour faire des études de pharmacie. Mais ce qui comptait avant tout, pour elle aussi, c’était l’engagement politique. Elle se sentait juive, je crois, parce que certains voulaient qu’elle le soit. J’ai envie de dire que l’antisémitisme crée l’appartenance. Car au fond d’elle-même elle se sentait un être humain comme les autres.
Votre père, au vu de sa vie, avait-il quelque chose d’insurgé en lui ? On le retrouve commissaire politique en Espagne, mais très vite il quitte cette fonction pour se battre sur le front, dans la bataille de l’Ebre...
Georges Duffau. Il pensait que sa connaissance de l’art militaire était beaucoup plus utile à la République espagnole que le fait d’être commissaire politique. Insurgé permanent ? Oui. Insurgé en Pologne contre le régime de Pisuldski, régime militaire antisémite et très dur, une sorte de dictature ; insurgé social pendant le Front populaire en France ; engagé en Espagne, puis dans la Résistance. Oui, c’est un insurgé, mais pas un " professionnel " quand même ! Il se destinait au départ à la profession d’avocat. Ce sont les événements qui l’ont fait ce qu’il a été.
Est-ce qu’on pouvait dire qu’il avait un tempérament portant à la bagarre ?
Georges Duffau. Non, il était très réfléchi ! Il est un de ceux qui ont tenu le plus longtemps à la tête des FTP de la région parisienne. Dans les conditions de l’époque, de la clandestinité, en général on tenait trois mois. Lui, il est resté le double. Pas tête brûlée, mais aimant la contestation. Petit détail que je tiens de Lucie Aubrac, dans le cadre de leur militantisme d’étudiants communistes avant-guerre, ils sont allés tous deux à une messe de minuit, Lucie avait sous son grand manteau deux pigeons et accrochée aux pattes des pigeons une banderole " La religion est l’opium du peuple ", qu’ils ont lâchés dans l’église. Toujours avec Lucie Aubrac, ils sont allés devant une caserne pour lancer avec des pierres des banderoles qui s’enroulaient autour des fils du tramway.
Joseph Epstein a été arrêté le même jour que Manouchian ...
Georges Duffau. Il a été arrêté le même jour, à le même heure, au même endroit que Manouchian. C’était le 16 novembre 1943, à Évry-Petit-Bourg, lors d’un rendez-vous à deux en vue d’organiser de nouvelles actions. Le groupe était suivi depuis très longtemps par la brigade spéciale de la préfecture de police. Ils ont été arrêtés tous les deux ensemble. Manouchian, son nom était connu, avait été localisé. Le nom de mon père leur était inconnu, ils n’ont même pas réussi à lui faire dire sa véritable identité.
Il a donc été torturé ?
Georges Duffau. Oh la ! De façon horrible. Tout l’hiver 1943-1944. J’ai des photos de lui, on lui a mis un masque de cuir, et puis on serrait, on serrait, on serrait, tout le visage éclatait, c’était monstrueux, et il n’a jamais parlé. Il n’a même pas livré son vrai nom. " Joseph Andrei ", c’est le nom sous lequel il a été fusillé. Même en prison, il n’a jamais renoncé, il a réussi à faire passer à la Résistance des feuilles de papier à cigarette sur lesquelles il y avait des messages. Il demandait à ce qu’on lui fasse passer dans des pantoufles charentaises, cachées dans les semelles, des petites scies pour pouvoir scier les barreaux de sa cellule. On lui en a apportée, malheureusement pas assez solides et elles se sont cassées trop vite. Il en a redemandé d’autres. Le jour où l’agent de liaison de la Résistance les lui a apportées, le camion l’emmenait avec d’autres au Mont-Valérien. Il a été fusillé le 11 avril 1944.
Vous ne portez pas le nom de votre père ...
Georges Duffau. Parce qu’il l’a voulu. Dans les conditions de la guerre, avec la chasse aux juifs, il a voulu que je porte le nom du premier mari de ma mère, Jean Duffau, un militant de Bordeaux, dont elle a divorcé avant de se remarier avec mon père. Les hasards de la guerre ont fait qu’elle avait gardé son livret de famille et mon père a demandé à ce que je sois inscrit sur ce livret. Joseph Epstein, pour me protéger, a laissé un testament, que j’ai, dans lequel il dit : " Je certifie que je suis le père du petit Georges Duffau, c’est moi qui ai demandé à ce qu’il porte ce nom-là parce que c’est la période de la guerre. " Ses amis de la Résistance ont enterré le testament dans leur jardin, à la campagne, et l’ont remis à ma mère, à la Libération, qui l’a fait authentifier. Ensuite, ma mère a pu reprendre son vrai nom, " Perla Epstein ", mais n’a jamais réussi à obtenir que l’état civil français rectifie le mien. Elle est d’ailleurs décédée au lendemain de l’inauguration, le 20 septembre dernier, du monument du Mont-Valérien.
Qu’est devenu Jean Duffau ?
Georges Duffau. Il a été fusillé par les Allemands en octobre 1942, à Balard, ce qu’on appelle le stand de tir d’Issy-les-Moulineaux. C’était aussi un résistant.
Ces deux noms sont pour vous des noms d’honneur ?
Georges Duffau. Exactement. Les deux.
Vous n’avez pas eu, dit-on, l’habitude de vous réclamer du nom d’Epstein, du colonel Gilles, particulièrement dans le monde militant que vous fréquentiez...
Georges Duffau. Tous mes proches, mes amis le savaient, mais pas au-delà. Je voulais être reconnu pour ce que j’étais, je ne voulais pas obtenir une reconnaissance, un respect obligé dus au nom de mon père.
Aujourd’hui, avec le recul, cette référence au père est-elle devenue plus naturelle ?
Georges Duffau. Oui, pour la mémoire et parce que je ne suis plus engagé professionnellement. Aujourd’hui, je m’engage dans ce domaine comme Georges Duffau, je me bats contre le révisionnisme, contre ces négationnistes qui nient la réalité de la l’Holocauste et du nazisme, contre tous leurs émules en France qui développent des théories d’exclusion faisant référence à la couleur de la peau, à la religion.
S’agit-il aussi de prolonger le combat de Joseph Epstein, d’une façon qui peut être affective ?
Georges Duffau. Oui.
L’amour du père ...
Georges Duffau. Je ne sais pas si c’est l’amour du père, je ne sais pas ...Je ne l’ai pas connu, c’est difficile à dire. Mais l’envie de poursuivre un certain combat dans le monde d’aujourd’hui, ça oui, ça établit un lien très fort avec lui.
Entretien réalisé par Charles Silvestre
(1) Georges Duffau est par ailleurs président de l’Association du souvenir des familles de fusillés du Mont-Valérien et de l’Île de France.
Article paru dans l'édition de L'Humanité le 21 février 2004 .
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