07.04.2009
L'Affiche rouge interprétée par Léo Ferré
L'affiche rouge
envoyé par Jefka59
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Insurrection du ghetto de Varsovie, par Jean-Michel Krivine
INSURRECTION DU GHETTO DE VARSOVIE
AVRIL 1943
Jean-Michel Krivine
Le souvenir de la révolte du ghetto de Varsovie en avril 1943 ne doit pas s’estomper. Rappelons d’abord (pour la jeune génération…) ce qu’était un ghetto.
Le terme est d’origine italienne probable et désigne le quartier où les juifs étaient obligés de vivre. Son institution est médiévale et a survécu, en Europe, jusqu’à la Révolution française. L’émancipation des juifs a été proposée par l’abbé Grégoire et votée en 1791 par l’Assemblée nationale. L’occupation d’une partie de la Pologne par l’Allemagne nazie, aussitôt après la signature du pacte germano-soviétique, entraîne en 1939 la reconstitution du ghetto.
Alors que la plupart des 450 000 juifs de Varsovie avaient déjà été déportés et gazés dans les camps d’extermination de Treblinka et Maïdanek, une poignée de quelques centaines de combattants sont parvenus à défier l’occupant nazi et à l’affronter pendant sept semaines. Il lui faudra des tanks et de l’artillerie pour en venir à bout. Les combattants juifs n’avaient aucun espoir de gagner, leur seul objectif était de « témoigner », de clamer au monde que la population juive de Varsovie ne se laisserait pas passivement mener à l’abattoir et d’inciter d’autres opprimés à agir de même, ce qui eut lieu dans d’autres ghettos polonais.
Très rapidement, après l’occupation, des mesures avaient été prises contre la population juive qui comptait alors plus de 3 millions d’habitants en Pologne : confiscation de biens, interdiction de travailler dans les institutions publiques et les organismes de l’État, interdiction de voyager, rémunérations limitées, interdiction pour les médecins de soigner des non-juifs, port de l’étoile jaune à partir de 12 ans, etc.
En novembre 1939, les nazis recréent le ghetto de Varsovie où doit se rendre toute la population juive de la ville avec interdiction d’en sortir. Une ceinture de 18 km de mur et de barbelés l’entoure. L’isolement est total. La misère devient telle, que des gens meurent de faim en pleine rue ; sans parler des épidémies de typhus. Un Conseil juif de 24 membres (Judenrat), aux ordres de l’occupant, gouverne le ghetto et dispose d’une police juive en uniforme. Malgré la brutalité de la répression, la majorité de la population essaie de survivre et au début, ne croit pas aux informations alarmistes qui surviennent de temps à autre. Dès février 1941 pourtant, quelques rescapés avaient raconté comment les nazis avaient gazé des juifs à Chelmno après en avoir gazé 40 000 à Lodz. Seules les organisations ouvrières y accordent du crédit et commencent un travail de propagande et d’organisation. Elles comprennent essentiellement le Bund, créé en 1897, (majoritaire, socialiste et non sioniste), l’Hashomer Hatzaïr (socialiste et sioniste), les syndicats et des organisations de jeunesse. Quant au Parti communiste polonais qui avait été liquidé par Staline en 1938, il commence lentement à se reconstituer et réapparaîtra en janvier 1942 sous un autre nom : Parti Ouvrier Polonais (PPR).
À partir de la mi-1942, suite aux nombreuses exécutions de résistants et aux fusillades nocturnes, la population commence à comprendre que son avenir est des plus incertain.
C’est le 20 juillet 1942 que le Judenrat sera mis en demeure (et acceptera) de signer un Appel avertissant la population juive que, sauf exceptions, elle devra quitter la ville. Bien entendu la destination n’est pas précisée. C’est la première vague de déportation : les rafles commencent aussitôt et au deuxième jour le président du Judenrat, l’ingénieur Adam Czerniakow, se suicide. Lui savait parfaitement ce que signifiait le prétendu « départ à l’Est » et ne pouvait amoindrir sa responsabilité qu’en disparaissant. C’est alors que les rafles se succèdent, opérées par les gendarmes, les Ukrainiens et la police juive, au rythme de plusieurs milliers par jour (de 1 600 à 13 000 selon les auteurs…). Les partants sont rassemblés sur l’Umschlagplatz (devant la gare) et pendant un moment on leur distribuera 3 kg de pain et 1 kg de confiture, de telle sorte qu’il y aura des milliers de volontaires affamés, persuadés qu’on ne leur donnerait pas ça si on voulait les massacrer. Pourtant la vérité commençait à se savoir : un envoyé avait été expédié du côté « aryen » et avait contacté un cheminot. Avec lui il se rend sur la ligne ferroviaire qu’empruntent les convois de déportés se rendant à Treblinka. Les cheminots de l’endroit leur apprennent que « tous les jours un train de marchandises, rempli de gens en provenance de Varsovie, emprunte cet embranchement et revient vide. Aucun convoi alimentaire ne passe par là et la gare de Treblinka est interdite à la population civile. Preuves tangibles que les gens qui y sont conduits sont exécutés ». Au mois de septembre 1942, il reste moins de 60 000 habitants dans le ghetto et en juillet les organisations résistantes se réunissent (sauf les sionistes de droite) et créent l’Organisation Juive de Combat (OJC) avec un commandant de la Hachomer, Mordechaï Anielewicz, et un adjoint du Bund, Marek Edelman. L’OJC ne comprend que quelques centaines de combattants (de 500 à 2 000 selon les auteurs). Elle a très peu d’armes : quelques dizaines de revolvers en mauvais état, des grenades et des cocktails Molotov fabriqués sur place, quelques fusils et un seul pistolet-mitrailleur. Des groupes de combat sont formés qui pratiquent des attentats, attaquent les SS et libèrent des prisonniers. L’OJC règne dans le ghetto qu’elle couvre d’affiches, avec le soutien de la population restante. C’est alors que les nazis décident d’en finir et va commencer la deuxième vague de déportations.
Le 19 avril 1943, à 4 heures du matin, 2 000 à 3 000 Waffen SS, auxiliaires ukrainiens, lettons et policiers polonais commencent à pénétrer dans la place. Ils seront rejoints par des troupes motorisées, des blindés et de l’artillerie. À leur grande surprise, ils seront accueillis par un déluge de feu venant des quatre coins des rues. Il y aura d’assez nombreux morts et deux chars seront incendiés. Après quelques heures de combat acharné, les assaillants s’enfuient et à 14 heures il n’en reste plus un. Ils referont une tentative le lendemain mais sans plus de succès. Ce n’est qu’au troisième essai qu’ils parviendront jusqu’au ghetto central qui sera incendié et littéralement rasé. La moitié des combattants juifs périra pendant les combats. De nombreux survivants décideront de se suicider collectivement et parmi eux Mordechaï Anielewicz qui était à la tête de l’OJC, après avoir tué son amie, répétant ainsi le geste des Hébreux, en lutte conte les Romains, à Massada, au premier siècle après J-C. Quelques combattants parviendront à s’enfuir par les égouts, rejoindront la Résistance polonaise et participeront à l’autre insurrection de Varsovie en août 1944. Parmi eux, Marek Edelman qui a rapporté ultérieurement de façon émouvante et vivante l’histoire de l’insurrection du ghetto.
En conclusion, nombre d’auteurs font remarquer que cet événement unique jusque-là dans l’Europe occupée a été pratiquement passé sous silence par les futurs vainqueurs occidentaux. La radio et la presse anglo-saxonnes en parlèrent très peu, après quelques jours de tractation entre le Foreign Office et le gouvernement polonais en exil à Londres. Les Britanniques voulaient « vérifier l’exactitude des faits » et souhaitaient ménager leur allié polonais pas particulièrement philosémite.
Il fut également ignoré par la majorité des Polonais dont l’antisémitisme traditionnel leur permit de supporter gaillardement l’assassinat de 3 millions de juifs de chez eux. Il ne s’agissait pas de Polonais « collabos » car ceux qui auraient pu les aider, les résistants de l’Armia Krajowa (Armée de l’intérieur), dépendant du gouvernement en exil à Londres, disposaient de dizaines de milliers de fusils, de grenades, et de milliers de pistolets dont ils eurent la générosité d’en offrir 9 aux combattants du ghetto…
Quant aux Soviétiques, ils étaient encore à mille kilomètres de Varsovie, mais un an plus tard, en août 1944, alors qu’ils s’y trouvaient à deux pas, au bord de la Vistule, et que les résistants avaient déclenché l’insurrection, ils ne bougèrent pas et laissèrent les nazis l’écraser au bout de 63 jours. Les communistes français ont alors raconté que l’insurrection avait été déclenchée sans contact avec l’Armée rouge, qu’il s’agissait d’une décision criminelle des dirigeants polonais de Londres, que les nazis y avaient poussé et que les Russes, heureusement, ne sont pas tombés dans le piège.
On imagine ainsi ce qui se serait passé si les Soviétiques avaient atteint Varsovie un an auparavant… En ce qui concerne l’insurrection du ghetto et la discrétion des futurs libérateurs, un autre suicide eut lieu mais à Londres : le 17 décembre 1943, pour protester contre l’indifférence des puissances occidentales au massacre des juifs polonais, Artur Zygelboïm mettait fin à ses jours. Il représentait le Bund auprès du gouvernement polonais en exil.
Bibliographie
Nous mentionnerons les livres et brochures utilisés pour écrire cet article dont certains ne sont trouvables que chez de vieux militants :
– Marek Edelman, Mémoires du Ghetto de Varsovie, Paris, Éd. du Scribe, 1983.
– Bernard Goldstein, L’ultime combat – Nos années au ghetto de Varsovie, Paris, Zones, 2008.
– Enzo Traverso, Pour une critique de la barbarie moderne, Lausanne, Cahiers libres, Éditions Page deux, 1996.
– Alain Brossat et Sylvia Klinberg, Le Yiddishland révolutionnaire, Balland, Paris 1983.
– Anne Grynberg, La Shoah – L’impossible oubli, Paris, Découvertes Gallimard, 1995.
– Joe J. Heydecker, Un soldat allemand dans le ghetto de Varsovie 1941, Paris, Denoël, 1986.
– Joseph Goebbels, Journal 1943-1945, Paris, Tallandier, 2005.
– La voix du peuple massacré, récit détaillé de l’insurrection du ghetto de Varsovie en avril 1943, complété de documents, notices biographiques des principaux héros et de messages, Édité par Le Réveil des Jeunes, organe de la Jeunesse Socialiste Juive « Bund » en France, Avril 1945.
– Jean Radvanski, La vérité sur Varsovie, Éd. France d’abord, juin 1946 (La vision du PCF sur le soulèvement de Varsovie de 1944).
– Zygmunt Zaremba, La Commune de Varsovie, trahie par Staline, massacrée par Hitler, Cahiers Spartacus, avril 1947 (Point de vue d’un dirigeant du Parti socialiste polonais sur l’insurrection de Varsovie de 1944).
Inprecor n° 547-548, mars-avril 2009
http://orta.dynalias.org:inprecor%3Fid=616.webloc
Revue d’informations et d’analyse publiée sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale
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04.04.2009
Arben Abramovitch Dav'Tian
ARBEN ABRAMOVITCH DAV’TIAN
Arben dit André
alias Armenek Manoukian Tavitian
(1895-1944).
Nationalité Russe
(Né à Choucha, Russie en 1895 ou 1898, exécuté au Mont-Valérien, Suresnes 1944)
Arben Abramovitch Dav’tian (transcrit généralement Tavitian) est originaire de Transcaucasie. Il commence à travailler à l’âge de 14 ans. Serrurier, imprimeur, puis mécanicien, il rejoint en 1917 le parti bolchévique et s’engage l’année suivante dans l’Armée Rouge. D’abord soldat, il devient officier, responsable politique dans son unité. Il combat durant toute la guerre civile dans le Caucase.
Il entreprend à partir de 1923 des études à l’Université communiste de Transcaucasie dont il est exclu en 1925 pour trotskysme. En 1927, Arben Tavitian est exclu du Parti puis emprisonné en septembre1928. Il reste sous le contrôle du GPU à Erevan puis à Tiflis et enfin à Akmolinsk où il retrouve des militants de l’"Opposition de gauche". En 1931, il est à nouveau arrêté : incarcéré à la prison de Petropavlosk, il est condamné à trois ans de prison. Transféré à Verkhnéouralsk, il participe à une grève de la faim mais finit par plier et renier le trotskysme. Sa peine purgée, il est exilé à Andijan en Asie centrale : là, il parvient à s’enfuir d’Union Soviétique et à gagner la Perse en 1934.
Arben Tavitian reprend alors contact avec Léon Trotsky qui organise sa venue en France. Il débarque à Marseille en mai 1937 et témoigne dès son arrivée à Paris devant la commission d’enquête sur les procès de Moscou. Après avoir participé un temps aux activités du groupe russe réuni autour du fils de Trotsky, Léon Sedov, il s’en éloigne au bout de quelques mois ne supportant pas l’atmosphère de querelle qui y règne.
Il trouve du travail comme ouvrier et se rapproche des milieux de l’émigration arménienne. Arben Tavitian entre en juillet 1943 au premier détachement des Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) de Paris.
Arben Tavitian est arrêté en novembre 1943 par la Brigade Spéciale de la police parisienne qui le remet aux Allemands. Condamné à mort par la cour martiale du tribunal allemand auprès du commandant du Grand Paris en février 1944, il est fusillé le 21 février au Mont-Valérien avec 21 combattants FTP-MOI.
Sources bibliographiques
— L’ancien « trotskyste » du groupe Manouchian, Cahiers Léon Trotsky, septembre 1985,
— Abraham Lisnner, Un franc-tireur juif raconte ..., Paris, L’Auteur, 1977,
— Philippe Robrieux, L' Affaire Manouchian, vie et mort d'un héros communiste, Paris, Fayard, 1986.
Grégoire GEORGES-PICOT
Nous sommes à la recherche de documents concernant Arben Abramovitch Dav'Tian, toute personne susceptible de nous aider sera la bienvenue. S'il existe des témoignages ou une trace familiale de ce résistant, nous serions heureux de pouvoir, en étroite collaboration avec elles ou eux, apporter des précisions sur le parcours de ce trotskyste du groupe dit "Manouchian".
03:36 Publié dans ARBEN ABRAMOVITCH DAV'TIAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ftp moi, manouchian, rajman, affiche rouge, résistance
Archives allemandes
03:16 Publié dans ARCHIVES ALLEMANDES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ftp moi, manouchian, rajman, affiche rouge
03.04.2009
Jean Lemberger
- Jean Lemberger,
- résistant FTP-MOI, survivant
- « Nous n'irons pas à la mort comme des moutons à l'abattoir »
- D'abord, il y a eu la rue Mathis. À six dans une pièce. David et Guitele, avec leur nichée : Stefa, l'aînée, et puis Nathan et les deux petits, Serge et Jean. Le soir, dans le petit logement du 19e arrondissement de Paris, on déroule les matelas. L'eau est sur le palier. Communistes, les Lemberger ont fui la Pologne, où le Parti est clandestin. Ils ont voulu échapper à la misère et à l'antisémitisme. Là-bas, David, boulanger, avait été interné dans un camp. Il avait connu les coups, les brimades. La fille était pourchassée par la police. La France de 1936 a bien voulu les accueillir comme réfugiés politiques. Mais ils n'ont pas de permis de travail. Qu'importe ! C'est le temps des cerises aux oreilles, des manifs enrubannées de drapeaux rouges (1). Stefa, aujourd'hui, se souvient encore des chants révolutionnaires qu'elle entonnait en polonais, sous les applaudissements des ouvriers. «Pour nous, la France, c'était le pays de la fraternité.»
Un an plus tard, ils emménagent près de la Nation, rue des Immeubles-Industriels, c'est presque le paradis. La langue commune est le yiddish ou le polonais. C'est un peu le shtetl reconstitué. La guerre d'Espagne enthousiasme ce petit peuple de bannis qui croit dur comme fer aux lendemains qui chantent. L'appartement des Lemberger ouvre ses portes aux juifs polonais qui passent par Paris pour rejoindre les Brigades internationales. Ils se sont mis à la confection. Une vieille machine à coudre est leur bien le plus précieux. Jean est le seul qu'on envoie à l'école. À12 ans, mêlé aux gamins du primaire, il est malheureux comme les pierres. Humilié, au fond de la classe, avec ses jambes trop longues, coincées sous un pupitre trop petit, et ce fichu accent dont tout le monde se moque. Quand Serge tombe malade, il le remplace devant la machine à coudre. La vraie vie, croit-il, peut enfin commencer. - Mais en 1939 tout se détraque. La République espagnole capitule. Le pacte germano-soviétique déboussole la famille. Trois frères de Guitele sont expulsés vers la Pologne, en vertu d'un décret pris par le gouvernement Daladier. Dès que la guerre éclate, des juifs allemands de la rue des Immeubles-Industriels sont internés. Les mesures antijuives se succèdent. Les Lemberger sont touchés au cœur. «Nous, les quatre enfants, dit Stefa, on s'est tout de suite engagés, sans attendre l'appel du Parti.» La MOI (Main-d'œuvre immigrée), avec sa sous-section juive, est faite pour eux. Jean entre dans le mouvement, comme son pote, son voisin, Marcel Rajman, qui sera fusillé quelques années plus tard avec le groupe Manouchian. Les héros de l'Affiche rouge (2).
Au début, Jean confectionne des petits tracts anti-allemands («Chassons l'occupant»), en bidouillant des lettres de caoutchouc découpées dans des pneus de vélo. Très vite, on va passer aux choses sérieuses. Ses deux frères Nathan et Serge sont arrêtés et conduits au camp d'internement de Beaune-la-Rolande. Ils s'évadent. Mais Guitele y reconduit Serge, croyant bien faire : elle pense que les premiers déportés vers l'Allemagne seront installés dans les meilleurs camps Nathan rejoint la Résistance. Jean, lui, a 17 ans quand les gendarmes français le conduisent à Drancy, le 20 août 1941. Miraculeusement libéré au bout de trois mois, il a perdu 27 kilos. Et déjà tout compris. « Ce n'est qu'un début. Les Allemands veulent notre perte. Il va falloir se défendre. Non, nous n'irons pas à la mort comme des moutons à l'abattoir. »
Pour Jean, il n'y a pas d'autre choix que la lutte armée. Désormais, il fait partie au sein des FTP-MOI de ceux que les nazis appellent des « terroristes ». Les « actions » lui tordent le ventre. «C'est tellement dur de tuer quelqu'un même un Allemand quand on n'est pas un bandit. » Attaques de convois, grenades lancées dans les lieux fréquentés par les Allemands, meurtres ciblés d'officiers : les FTP-MOI harcèlent l'occupant. La police française et la Gestapo sont aux trousses de ces gamins au courage insensé qui risquent chaque jour leur vie. La veille de la grande rafle du Vel' d'Hiv', le 16 juillet 1942, Jean sait ce qui va se passer. Des informations ont filtré de la Préfecture de Police : cette fois, les femmes et les enfants seront arrêtés et déportés. Comment croire que l'on va envoyer des bébés en Allemagne « pour travailler » ? Dans une course éperdue, Jean tente de prévenir ces juifs que l'on va emmener à la mort, il en est sûr, et les convaincre de quitter leurs logements. Bien peu le croient. Et puis, aller où ? Le 16 juillet, 9 000 agents de la police française entassent 12 000 personnes dont 4 000 enfants dans les autobus verts à plate-forme de la TCRP (Transports en Commun de la Région parisienne).
L'étau se resserre sur les FTP-MOI. La clandestinité de Jean s'achève le 22 avril 1943, alors qu'il regagne sa planque, boulevard Soult. Il a été donné par une copine juive de la rue des Immeubles-Industriels, une rouquine (Lucienne Goldfarb dite Katia la rouquine) qu'il verra quelques jours plus tard papoter tranquillement avec des policiers des Renseignements généraux, pendant que, rue des Saussaies, on torture des résistants. Jean est déporté au Struthof, en Alsace annexée, le seul camp de la mort situé en France et doté d'une chambre à gaz. Classé « Nacht und Nebel » (Nuit et Brouillard), il est détenu successivement dans une vingtaine de prisons allemandes, avant d'arriver, en janvier 1944, à Auschwitz. Par deux fois il est sélectionné pour la chambre à gaz. Par deux fois il est épargné au dernier moment.
Quand Jean a été libéré, il ne pouvait dormir que par terre, enroulé dans une couverture. Il devait se nourrir au biberon. Serge aussi a été déporté à Auschwitz et en est revenu. Nathan, lui, a été fusillé pour tentative d'évasion : il avait réussi à dévisser une planche du wagon qui le menait à Auschwitz. L'oncle Adolf n'est jamais revenu de Buchenwald. On n'a jamais revu la tante Léa, la cousine Jacqueline, pas plus que l'autre oncle, Charles, sa femme Gisèle, et leurs deux enfants, Daniel et Jeannot. Les parents Lemberger, leur fille Stefa et son mari Marcel Skurnik, leur petite fille Paulette ont survécu.
Après la guerre, Jean et Serge ont monté un atelier de confection à Paris. Ils sont morts au début des années 1990, à un an d'intervalle.- (1) L'histoire de la famille Lemberger a été racontée dans Heureux comme Dieu en France, par Gérard Israël (Robert Laffont, 1975).
(2) Le Sang de l'étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, par Stéphane Courtois, Denis Peschanski et Adam Rayski (Fayard, 1989). - Agathe Logeart
23:10 Publié dans DANS LA PRESSE AUJOURD'HUI | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ftp-moi, rajman, missak manouchian, résistance, rafles







