25.02.2008
Si j'ai le droit de dire...
Si j’ai le droit de dire, en français, aujourd’hui,
Ma peine est mon espoir, ma colère et ma joie
Si rien ne s’est voilé, définitivement,
De notre rêve immense et de notre sagesse
Avant la tombée de la nuit, tu as parcouru le monde,
Tu nous apportes l’écho de tous les horizons de la vie
De toutes ses mains usées par le travail, des luttes et des victoires
Ton appel semblable à la lumière sans entrave des rayons de l’aube
Transi et fouetté par la tempête, tu es le feu qui nous réchauffe
Dans l’obscurité maudite, de notre serment tu es la flamme ardente
Flambée éternelle que les esprits en furie
Vocifèrent de leur haine impudente pour t’éteindre à jamais
Il semble parfois que tu vas t’éteindre, cependant chaque jour
Des volontés d’acier t’attisent, te tiennent debout
Et toi haletant, comme un apôtre aux jours de combat
Tu montres le chemin de la lumière
pour la grande victoire de l’Humanité.
Missak Manouchian, 1934
22:16 Publié dans MISSAK MANOUCHIAN | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : manouchian, poème, ruben melik, ftp-moi, affiche rouge
20.02.2008
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
02:15 Publié dans POUR NE PAS OUBLIER | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : exécution au mont-valérien, groupe manouchian, affiche rouge, ftp-moi
01.02.2008
La journée d'un "terroriste"
On ne devait pas se connaître par nos vrais noms, en cas d’arrestation. On m’a demandé de choisir un pseudonyme. J’ai proposé “Jean”, c’était déjà pris, “Paul”, déjà pris, et ainsi de suite. A un moment donné, j’ai pensé à l’oiseau, Woody Woodpecker, j’ai dit “Pivert”. On me l’a accordé. On ne devait pas aller au cinéma, pas entrer dans les cafés, pas prendre le métro, éviter tous les lieux où il y avait des contrôles. On n’avait le droit d’aller nulle part en somme. J’allais au cinéma… bien que ce soit interdit. J’allais voir ma mère, j’avais pas le droit, mais j’y allais quand même, pour manger. J’avais faim, toute la journée j’avais faim. Je ne pensais qu’à ça. Et puis je marchais dans Paris, pour aller aux rendez-vous. Il faut l’avouer, je m’emmerdais, marcher toute la journée ce n’est pas une partie de plaisir. Sauf quand j’ai fait équipe avec Plombier : on avait le même âge, on marchait ensemble, on parlait… et il savait faire des crêpes à la farine de haricot. C’était bon. On allait dans un restaurant à St Michel où on servait du lapin. A l’époque quand tu commandais un plat de viande, il fallait donner un ticket d’alimentation. Là ils n’en exigeaient pas : je me demande si le lapin ce n’était pas du chat. Le soir, je retrouvais ma chambre. C’était une mansarde pleine de… punaises. Un enfer. C’est Gilbert qui m’avait trouvé cette chambre. Comme j’étais pas majeur, c’est lui qui m’a servi de tuteur auprès de la propriétaire. On touchait 2 300 francs par mois. Vers le 20 de chaque mois, il ne me restait plus grand chose pour vivre. J’allais plus souvent chez ma mère.
LES ARMES
Un jour Plombier m’a dit “viens je vais t’apprendre à te servir d’un revolver”. Il m’a emmené en forêt de Viroflay, il a épinglé un journal contre un arbre ; on s’est mis à une dizaine de mètres et on a tiré. J’ai manqué le journal. C’est la seule fois où j’ai eu à me servir d’un revolver pendant la guerre.
On m’a fixé un rendez-vous avec Manouchian. C’était le responsable.
C’est le seul que j’ai connu. C’est lui qui fixait les objectifs, qui nous donnait nos salaires, nos tickets d’alimentation.
L’équipe spéciale c’était Rayman, qui avait un ou deux ans de plus que moi, Alfonso qui avait fait la guerre d’Espagne et un Allemand, très sévère, qui se faisait appeler Marcel 3 et qui avait un accent terrible, il ne voulait pas que je lui parle dans la rue, pour ne pas avoir à répondre.
L’ATTENTAT “REUSSI-MANQUE”
CONTRE LE GENERAL VON SCHAUMBURG
Manouchian m’a dit que des camarades avaient repéré le général commandant du Grand-Paris et qu’ils avaient préparé une action contre lui. On devait l’attaquer dans sa voiture qui passait tous les jours avenue Paul-Doumer. C’était une voiture décapotée. Nous étions quatre. Marcel*, l’Allemand sévère, devait lancer une grenade sur la voiture. Rayman était première défense, moi deuxième défense. Et il y avait un quatrième combattant 4 qui devait nous prévenir, par un signe, de l’arrivée de la voiture. De ma place, je ne voyais rien de l’action ; je devais attendre que Marcel et Rayman se replient en passant devant moi pour me retirer. Si quelqu’un les poursuivait je devais l’abattre. J’étais à mon poste, j’attendais. Et tout d’un coup j’ai entendu l’explosion. Marcel et Rayman sont passés devant moi et je me suis replié. L’action semblait avoir réussi. On en était convaincus. Le seul problème, c’est que le général ne se trouvait pas dans sa voiture ce jour-là. Mais ça, on ne l’a su que 20 ans plus tard…
LES FILATURES
On était filés depuis des mois. Je le voyais. J’ai vu Plombier suivi. J’ai vu Davidowicz se faire suivre. Je passais mes journées à essayer de “défiler les filatures” ; j’utilisais la station de métro Arsenal qui était peu fréquentée : je montais dans un wagon et au moment où les portes allaient se refermer je sautais sur le quai qui était désert. Mais les filatures reprenaient quelques jours plus tard. Les flics, les flics français, tissaient autour de nous une toile et ils attendaient le moment propice.
MA DERNIERE ACTION
Le service de renseignement avait repéré un major allemand qui allait s’asseoir tous les matins au Parc Monceau pour lire. Le service de renseignement c’étaient des camarades, des femmes principalement, qui circulaient dans Paris à la recherche de cibles. On en a parlé à deux ou trois rendez-vous et Manouchian nous a donné l’ordre de l’abattre. C’est Alfonso qui a été chargé de l’action. Il devait venir à vélo, tirer sur le major à bout portant, et s’enfuir. Rayman était première défense, moi deuxième et Marcel derrière nous en observateur.
L’AFFICHE ROUGE ?
*Il s’agit probablement de Léo Kneller.
02:40 Publié dans A PROPOS DES FTP-MOI | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Kojitsky, Pivert, FTP-MOI, Manouchian, Kneller, Rajman, Alfonso
La guérilla urbaine, Adam Rayski
LA FORME DE COMBAT UTILISEE
En 1943, en région parisienne, les FTP-MOI forment le seul groupe de résistants importants qui continuent de lutter l’arme au poing contre l’occupant. Hormis les réseaux de résistance consacrés aux renseignements, les FTP-MOI sont désormais les seuls sur la place.
Mais ce n’est pas un hasard si, en 1943, il n’y avait plus que des étrangers pour mener la lutte armée à Paris. En effet, les groupes de résistants composés de français de souche, qui, comme les FTP-MOI prônent l’action armée, ont tous été démantelés par la police française durant la terrible année 1942. Les résistants français n’avaient pas la même expérience de la clandestinité et de la guérilla urbaine que les FTP-MOI. La chute de leurs réseaux en a été facilité.
Le rapport de forces entre, d’un côté les FTP-MOI et de l’autre la Gestapo et une police française au service des Allemands, est profondément inégal. On compte, dans les rangs des FTP-MOI, 65 résistants actifs à l’été 1943 à Paris. En face, on dénombre (sans la Gestapo), deux cents inspecteurs zélés des Brigades spéciales des renseignements généraux de la Préfecture de police. Ces policiers sont déterminés à mettre fin aux agissements de ces « communo-terroristes ».
L’efficacité et la combativité des hommes et des femmes des FTP-MOI est remarquable. Ils commettent des attentats contre des officiers supérieurs allemands. Ils font dérailler des trains sur des lignes stratégiques. Ils posent des bombes dans des officines de collaborateurs et des restaurants mal fréquentés. Ils lancent des grenades sur la troupe. Ils volent armes, argent et explosifs pour monter de futures opérations.
De juin 1942 à novembre 1943, les FTP-MOI parisiens ont accompli 229 actions contre les Allemands et les collaborateurs, soit une opération armée pratiquement tous les deux jours.
Levallois-Perret, le 17 mars 1943 :
Attaque à la grenade d’un détachement allemand qui circule rue Rivay. Un soldat allemand tué et 15 blessés.
Paris, le 26 mai 1943 :
Attaque d’un restaurant réservé aux officiers allemands à la Porte d’Asnières.
Paris, le 3 juin 1943, rue Mirabeau :
Deux FTP-MOI attaquent à la grenade un autocar transportant des marins allemands. Lors du repli, l’un des deux partisans, blessé, préfère se tuer avec sa dernière balle plutôt que d’être arrêté.
Paris, le 10 juin 1943, VIIe arrondissement :
Attaque du siège du parti fasciste italien rue Sédillot à l’occasion du troisième anniversaire de la déclaration de guerre de l’Italie à la France.
Rueil-Malmaison, le 23 juin 1943 :
Attaque à la grenade du poste de garde de la caserne Guynemer investi par les troupes allemandes.
Banlieue parisienne :
Dynamitages de pylônes électriques afin de ralentir la production industrielle destinée à l’ennemi.
Eté 1943 :
Recrudescence des déraillements et sabotages sur des lignes et des trains en région parisienne et en particulier sur les lignes de la gare de l’Est.
Paris, 12 novembre 1943 :
Vincennes, le 12 novembre 1943 :
Vol dans un garage de bicyclettes pour faciliter la fuite après les coups.
L’action des FTP-MOI qui eut le plus de retentissement fut l’exécution, le 28 septembre 1943, rue Pétrarque, dans le XVIe arrondissement de Paris, du général SS Julius Ritter par l’équipe spéciale des FTP-MOI. Cet officier supérieur allemand supervisait en France le Service du Travail Obligatoire (STO), responsable de l’envoi de milliers de travailleurs outre-Rhin.
L’onde de choc provoqué par cet assassinat arriva jusqu’à Berlin. Himmler (chef des SS), ordonna à Oberg (chef de la police et des SS en France) de mettre, selon ses propres termes, « ces terroristes hors d’état de nuire ».
Rue Pétrarque – XVIe arrondissement de Paris, domicile du général SS Julius Ritter et lieu de l’attentat, le 28 septembre 1943.
C’est au moment ou le général SS Julius Ritter monte dans sa voiture pour partir au travail que Celestino Alfonso tire le premier, les balles amorties par les vitres de la voiture blesseront Ritter. Celui-ci tente de fuir du côté opposé, il se trouve alors en face de Marcel Rajman qui l’acheva de trois balles.
La Gestapo a longtemps été le symbole de la répression menée contre la Résistance.
Or, les forces allemandes ont travaillé de concert avec la police française. Ainsi, à partir de l’été 1942, la deuxième Brigade spéciale des renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris organise de vastes filatures contre les résistants communistes étrangers.
Alors même qu’ils multipliaient les exécutions, « les grenadages » et les attaques de trains, plusieurs des chefs du groupe FTP-MOI étaient surveillés de longue date par ces inspecteurs zélés des RG. Ces policiers les « cueillirent » quand ils eurent la certitude de pouvoir les anéantir d’un seul coup.
Ces filatures aboutirent en 1943 à trois coups de filet dévastateurs. Le premier au mois de mars 1943, le second qui décapite le deuxième détachement des FTP-MOI en juin et, enfin, le coup de grâce est porté en novembre 1943 avec l’arrestation du noyau dur du réseau : les 23 du procès du « groupe Manouchian et de l’Affiche rouge » dont les membres expérimentés de l’Equipe spéciale ( Celestino Alfonso, Léo Kneler, Marcel Rajman) ainsi que les responsables des FTP-MOI : Joseph Bokzor, Missak Manouchian, Joseph Epstein.
L’arrestation de M. Manouchian et de J. Epstein à Evry-petit-Bourg :
Les bords de la Seine à Evry-petit-Bourg (Essonne), lieu de l'arrestation de Joseph Epstein et Missak Manouchian par la BS2.
(D’après le rapport de police – Archives nationales, Z6 82/1260). FTP-MOI, guérilla urbaine
00:10 Publié dans A PROPOS DES FTP-MOI | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : FTP-MOI, guérilla urbaine, Manouchian, Epstein, Rajman, Affichhe rouge, Adam Rayski








