25.02.2008

Si j'ai le droit de dire...

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Si j’ai le droit de dire, en français, aujourd’hui,
Ma peine est mon espoir, ma colère et ma joie
Si rien ne s’est voilé, définitivement,
De notre rêve immense et de notre sagesse

Avant la tombée de la nuit, tu as parcouru le monde,
Tu nous apportes l’écho de tous les horizons de la vie
De toutes ses mains usées par le travail, des luttes et des victoires
Ton appel semblable à la lumière sans entrave des rayons de l’aube

Transi et fouetté par la tempête, tu es le feu qui nous réchauffe
Dans l’obscurité maudite, de notre serment tu es la flamme ardente
Flambée éternelle que les esprits en furie
Vocifèrent de leur haine impudente pour t’éteindre à jamais

Il semble parfois que tu vas t’éteindre, cependant chaque jour
Des volontés d’acier t’attisent, te tiennent debout
Et toi haletant, comme un apôtre aux jours de combat
Tu montres le chemin de la lumière
pour la grande victoire de l’Humanité.

Missak Manouchian, 1934

20.02.2008

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline

 
 
 Le 21 février 1944, 22 camarades FTP-MOI
furent fusillés au Mont-Valérien.
Olga Bancic, qui fut jugée en même temps qu'eux
par la cour martiale allemande,
fut décapitée le 10 mai 1944 à la prison de Stuttgart.
 
ILS ETAIENT DES NÔTRES !
 
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01.02.2008

La journée d'un "terroriste"

 
LA JOURNEE D’UN “TERRORISTE”
 

On ne devait pas se connaître par nos vrais noms, en cas d’arrestation. On m’a demandé de choisir un pseudonyme. J’ai proposé “Jean”, c’était déjà pris, “Paul”, déjà pris, et ainsi de suite. A un moment donné, j’ai pensé à l’oiseau, Woody Woodpecker, j’ai dit “Pivert”. On me l’a accordé. On ne devait pas aller au cinéma, pas entrer dans les cafés, pas prendre le métro, éviter tous les lieux où il y avait des contrôles. On n’avait le droit d’aller nulle part en somme. J’allais au cinéma… bien que ce soit interdit. J’allais voir ma mère, j’avais pas le droit, mais j’y allais quand même, pour manger. J’avais faim, toute la journée j’avais faim. Je ne pensais qu’à ça. Et puis je marchais dans Paris, pour aller aux rendez-vous. Il faut l’avouer, je m’emmerdais, marcher toute la journée ce n’est pas une partie de plaisir. Sauf quand j’ai fait équipe avec Plombier : on avait le même âge, on marchait ensemble, on parlait… et il savait faire des crêpes à la farine de haricot. C’était bon. On allait dans un restaurant à St Michel où on servait du lapin. A l’époque quand tu commandais un plat de viande, il fallait donner un ticket d’alimentation. Là ils n’en exigeaient pas : je me demande si le lapin ce n’était pas du chat. Le soir, je retrouvais ma chambre. C’était une mansarde pleine de… punaises. Un enfer. C’est Gilbert qui m’avait trouvé cette chambre. Comme j’étais pas majeur, c’est lui qui m’a servi de tuteur auprès de la propriétaire. On touchait 2 300 francs par mois. Vers le 20 de chaque mois, il ne me restait plus grand chose pour vivre. J’allais plus souvent chez ma mère.

LES ARMES

Un jour Plombier m’a dit “viens je vais t’apprendre à te servir d’un revolver”. Il m’a emmené en forêt de Viroflay, il a épinglé un journal contre un arbre ; on s’est mis à une dizaine de mètres et on a tiré. J’ai manqué le journal. C’est la seule fois où j’ai eu à me servir d’un revolver pendant la guerre.

L’EQUIPE SPECIALE
 
Avec Plombier, on a lancé une grenade sur un détachement allemand, boulevard de Courcelles, le 27 mai 1943. L’action a réussi, mais on nous a tiré dessus et j’ai été blessé à l’aine. J’ai réussi à rentrer chez ma mère, tout en sang, heureusement que j’avais un imperméable pour me protéger. On m’a soigné et j’ai repris les actions. Comme on trouvait que j’avais fait preuve d’initiative au cours de l’action boulevard de Courcelles, le détachement allemand n’a pas pris le chemin prévu et j’ai fait l’action quand même, on m’a muté dans l’équipe spéciale dans laquelle il y avait les combattants d’élite.
On m’a fixé un rendez-vous avec Manouchian. C’était le responsable.
C’est le seul que j’ai connu. C’est lui qui fixait les objectifs, qui nous donnait nos salaires, nos tickets d’alimentation.
L’équipe spéciale c’était Rayman, qui avait un ou deux ans de plus que moi, Alfonso qui avait fait la guerre d’Espagne et un Allemand, très sévère, qui se faisait appeler Marcel 3 et qui avait un accent terrible, il ne voulait pas que je lui parle dans la rue, pour ne pas avoir à répondre.

L’ATTENTAT “REUSSI-MANQUE”

CONTRE LE GENERAL VON SCHAUMBURG

Manouchian m’a dit que des camarades avaient repéré le général commandant du Grand-Paris et qu’ils avaient préparé une action contre lui. On devait l’attaquer dans sa voiture qui passait tous les jours avenue Paul-Doumer. C’était une voiture décapotée. Nous étions quatre. Marcel*, l’Allemand sévère, devait lancer une grenade sur la voiture. Rayman était première défense, moi deuxième défense. Et il y avait un quatrième combattant 4 qui devait nous prévenir, par un signe, de l’arrivée de la voiture. De ma place, je ne voyais rien de l’action ; je devais attendre que Marcel et Rayman se replient en passant devant moi pour me retirer. Si quelqu’un les poursuivait je devais l’abattre. J’étais à mon poste, j’attendais. Et tout d’un coup j’ai entendu l’explosion. Marcel et Rayman sont passés devant moi et je me suis replié. L’action semblait avoir réussi. On en était convaincus. Le seul problème, c’est que le général ne se trouvait pas dans sa voiture ce jour-là. Mais ça, on ne l’a su que 20 ans plus tard…

LES FILATURES

On était filés depuis des mois. Je le voyais. J’ai vu Plombier suivi. J’ai vu Davidowicz se faire suivre. Je passais mes journées à essayer de “défiler les filatures” ; j’utilisais la station de métro Arsenal qui était peu fréquentée : je montais dans un wagon et au moment où les portes allaient se refermer je sautais sur le quai qui était désert. Mais les filatures reprenaient quelques jours plus tard. Les flics, les flics français, tissaient autour de nous une toile et ils attendaient le moment propice.

MA DERNIERE ACTION

Le service de renseignement avait repéré un major allemand qui allait s’asseoir tous les matins au Parc Monceau pour lire. Le service de renseignement c’étaient des camarades, des femmes principalement, qui circulaient dans Paris à la recherche de cibles. On en a parlé à deux ou trois rendez-vous et Manouchian nous a donné l’ordre de l’abattre. C’est Alfonso qui a été chargé de l’action. Il devait venir à vélo, tirer sur le major à bout portant, et s’enfuir. Rayman était première défense, moi deuxième et Marcel derrière nous en observateur.

On est arrivé sur les lieux. Alfonso s’est dirigé vers le Major et soudain je vois Marcel qui remonte en courant vers moi : “Va lui dire d’arrêter”. Je cours vers Alfonso, il était sur le point de tirer sur l’Allemand, et je lui mets la main sur l’épaule. Il se retourne, il était tout pâle : “Qu’est-ce que tu me fais chier.” Je lui dis : “Marcel il a dit d’arrêter.” On revient vers Marcel et on voit que la rue par laquelle on devait se replier était barrée par des policiers. Si l’action avait été maintenue, c’était le massacre. On s’est dispersé. On est revenu le lendemain matin. Pas de Major. On ne l’a pas vu arriver. Il était déjà assis sur son banc. Alfonso est descendu de son vélo, s’est approché de l’Allemand et l’a tué sur le banc. Il a repris son vélo et se préparait à s’enfuir. A ce moment, on a entendu quelqu’un crier “arrêtez-le ! à l’assassin !” et sauter sur Alfonso, l’aggriper. Ils se sont empoignés un instant et Alfonso a réussi à se dégager d’un coup de coude. Il a pris son vélo et il s’est sauvé. L’action avait réussi. Rayman s’est replié et moi derrière Rayman. On avait rendez-vous, tous les quatre, après l’action, au Pré-St-Gervais, sur un terrain vague. On s’y est retrouvé et il y a Marcel qui me dit brutalement (avec l’accent allemand) : “T’as pas fait ton travail. T’aurais dû tirer sur le type qui avait accroché Alfonso.” Ce qui était absurde : j’étais à vingt mètres, si j’avais tiré, j’aurais aussi bien pu toucher Alfonso que le type. Il m’a dit ça d’un air vraiment méchant. Je me suis mis à pleurer. Je me suis levé et je suis parti en courant. J’ai quitté la Résistance.
 
Où es-tu allé ? Chez ma mère. Je vais te le dire : j’en avais marre. J’avais mal au ventre, ma blessure me tiraillait, j’avais de la peine à courir et en plus de ça il y a ce responsable qui m’engueule : ça je l’ai pas digéré. Boris Holban, qui était le chef militaire des FTP-MOI parisiens avant Manouchian, et qui n’était donc pas à Paris à ce moment-là, insinue que tu as déserté ? Ça prouve qu’on n’a pas fait la même résistance. Lui après la guerre, il est devenu général ou colonel dans la Roumanie stalinienne. Il a fait de la résistance en militaire stalinien. Moi je m’y suis engagé en volontaire et je suis parti volontairement. J’avais 16 ans et demi, la Résistance pour moi c’était la liberté. Pour lui, c’était la trique. Holban je ne l’ai jamais connu. Je ne l’ai jamais vu sur le terrain, dans une action. Je n’ai connu qu’un chef dans la période où j’ai combattu, c’était Manouchian. Manouchian était humain. Il m’a un jour apporté, à un rendez-vous clandestin, une paire de chaussures parce qu’il a vu que j’en avais besoin. Mais il y avait dans notre groupe des chefs qui nous prenaient pour des pions.

L’AFFICHE ROUGE ?

Je l’ai découverte dans le métro, six mois plus tard, je pouvais plus respirer quand je l’ai vue, j’ai cru que j’allais étouffer… Tu as des regrets ? Non, aucun. Si ! un. Ne pas avoir tué d’avantage de nazis… Les nazis ont déporté et assassiné ma mère, mes deux sœurs, mon frère, ma grand-mère, ma tante, mon oncle, mon petit cousin qui avait 3 ans… Tu me comprends ?…


*Il s’agit probablement de Léo Kneller.

Entretien avec Raymond Kojitsky,
réalisé par Mosco. (Extraits)

La guérilla urbaine, Adam Rayski

 
LA GUERILLA URBAINE,
LA FORME DE COMBAT UTILISEE
PAR LES FTP-MOI
 

La guérilla urbaine est le type de combat employé par les FTP-MOI parisiens. « Les cadres » du groupe ont acquis, pour certains, dans le combat clandestin en Europe centrale (Szlomo Grzywacz), pour d’autres, en Espagne aux côtés des Républicains dans les Brigades internationales (Celestino Alfonso, Joseph Epstein) mais aussi dans les régiments de l’Armée française pendant les combats de 1940 (Boris Holban, Joseph Epstein, Emeric Glasz), les techniques de la lutte armée. Ce sont des professionnels aguerris. Quant aux plus jeunes du groupe, ils sont certes moins bien formés mais ils disposent, pour se battre, de l’énergie et de la rage.

 Seuls contre beaucoup :

En 1943, en région parisienne, les FTP-MOI forment le seul groupe de résistants importants qui continuent de lutter l’arme au poing contre l’occupant. Hormis les réseaux de résistance consacrés aux renseignements, les FTP-MOI sont désormais les seuls sur la place.

Mais ce n’est pas un hasard si, en 1943, il n’y avait plus que des étrangers pour mener la lutte armée à Paris. En effet, les groupes de résistants composés de français de souche, qui, comme les FTP-MOI prônent l’action armée, ont tous été démantelés par la police française durant la terrible année 1942. Les résistants français n’avaient pas la même expérience de la clandestinité et de la guérilla urbaine que les FTP-MOI. La chute de leurs réseaux en a été facilité.

Le rapport de forces entre, d’un côté les FTP-MOI et de l’autre la Gestapo et une police française au service des Allemands, est profondément inégal. On compte, dans les rangs des FTP-MOI, 65 résistants actifs à l’été 1943 à Paris. En face, on dénombre (sans la Gestapo), deux cents inspecteurs zélés des Brigades spéciales des renseignements généraux de la Préfecture de police. Ces  policiers sont déterminés à mettre fin aux agissements de ces « communo-terroristes ».

Le nombre d’actes de résistance recensé :

L’efficacité et la combativité des hommes et des femmes des FTP-MOI est remarquable. Ils commettent des attentats contre des officiers supérieurs allemands. Ils font dérailler des trains sur des lignes stratégiques. Ils posent des bombes dans des officines de collaborateurs et des restaurants mal fréquentés. Ils lancent des grenades sur la troupe. Ils volent armes, argent et explosifs pour monter de futures opérations.

De juin 1942 à novembre 1943, les FTP-MOI parisiens ont accompli 229 actions contre les Allemands et les collaborateurs, soit une opération armée pratiquement tous les deux jours.

Quelques opérations du groupe :

Levallois-Perret, le 17 mars 1943 :
Attaque à la grenade d’un détachement allemand qui circule rue Rivay. Un soldat allemand tué et 15 blessés.

Paris, le 26 mai 1943 :
Attaque d’un restaurant réservé aux officiers allemands à la Porte d’Asnières.

Paris, le 3 juin 1943, rue Mirabeau :
Deux FTP-MOI attaquent à la grenade un autocar transportant des marins allemands. Lors du repli, l’un des deux partisans, blessé, préfère se tuer avec sa dernière balle plutôt que d’être arrêté.

Paris, le 10 juin 1943, VIIe arrondissement :
Attaque du siège du parti fasciste italien rue Sédillot à l’occasion du troisième anniversaire de la déclaration de guerre de l’Italie à la France.

Rueil-Malmaison, le 23 juin 1943 :
Attaque à la grenade du poste de garde de la caserne Guynemer investi par les troupes allemandes.

Banlieue parisienne :
Dynamitages de pylônes électriques afin de ralentir la production industrielle destinée à l’ennemi.

Eté 1943 :
Recrudescence des déraillements et sabotages sur des lignes et des trains en région parisienne et en particulier sur les lignes de la gare de l’Est.

Paris, 12 novembre 1943 :
Rue Lafayette, IXe. arrondissement, attaque d’un convoyeur de fonds allemand pour assurer financièrement la dispersion du groupe qui se sent  de plus en plus menacé. Les premières arrestations ont lieu le 26 octobre 1943.

Vincennes, le 12 novembre 1943 :
Vol dans un garage de bicyclettes pour faciliter la fuite après les coups.

L’attentat contre le général SS Julius Ritter

L’action des FTP-MOI qui eut le plus de retentissement fut l’exécution, le 28 septembre 1943, rue Pétrarque, dans le XVIe arrondissement de Paris, du général SS Julius Ritter par l’équipe spéciale des FTP-MOI. Cet officier supérieur allemand supervisait en France le Service du Travail Obligatoire (STO), responsable de l’envoi de milliers de travailleurs outre-Rhin.

L’impact de cet attentat a été important dans l’opinion
 
Symboliquement tout d’abord, les FTP-MOI ont réussi à éliminer un chef honnis, responsable du départ des jeunes pour le travail forcé. Psychologiquement ensuite, les FTP-MOI démontrent à tous que les officiers allemands ne sont pas intouchables. Désormais, un sentiment d’insécurité règne chez l’occupant. Politiquement enfin, l’opinion, hostile au STO, cette conscription qui ponctionne les forces vives des familles, adhère à ce type d’agissement de la Résistance. « L’armée des ombres » devient ainsi protectrice de la population.

L’onde de choc provoqué par cet assassinat arriva jusqu’à Berlin. Himmler (chef des SS), ordonna à Oberg (chef de la police et des SS en France) de mettre, selon ses propres termes, « ces terroristes hors d’état de nuire ».

Rue Pétrarque – XVIe arrondissement de Paris, domicile du général SS Julius Ritter et lieu de l’attentat, le 28 septembre 1943.
C’est au moment ou le général SS Julius Ritter monte dans sa voiture pour partir au travail que Celestino Alfonso tire le premier, les balles amorties par les vitres de la voiture blesseront Ritter. Celui-ci tente de fuir du côté opposé, il se trouve alors en face de Marcel Rajman qui l’acheva de trois balles.
 
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La Gestapo a longtemps été le symbole de la répression menée contre la Résistance.
Or, les forces allemandes ont travaillé de concert avec la police française. Ainsi, à partir de l’été 1942, la deuxième Brigade spéciale des renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris organise de vastes filatures contre les résistants communistes étrangers.

Alors même qu’ils multipliaient les exécutions, « les grenadages » et les attaques de trains, plusieurs des chefs du groupe FTP-MOI étaient surveillés de longue date par ces inspecteurs zélés des RG. Ces policiers les « cueillirent » quand ils eurent la certitude de pouvoir les anéantir d’un seul coup.
Ces filatures aboutirent en 1943 à trois coups de filet dévastateurs. Le premier au mois de mars 1943, le second qui décapite le deuxième détachement des FTP-MOI en juin et, enfin, le coup de grâce est porté en novembre 1943 avec l’arrestation du noyau dur du réseau : les 23 du procès du « groupe Manouchian et de l’Affiche rouge » dont les membres expérimentés de l’Equipe spéciale ( Celestino Alfonso, Léo Kneler, Marcel Rajman) ainsi que les responsables des FTP-MOI : Joseph Bokzor, Missak Manouchian, Joseph Epstein.

L’arrestation de M. Manouchian et de J. Epstein à Evry-petit-Bourg :

Les bords de la Seine à Evry-petit-Bourg (Essonne), lieu de l'arrestation de Joseph Epstein et Missak Manouchian par la BS2.
 
Le 16 novembre 1943
 
« Mardi 16 novembre 1943, la Brigade Spéciale, après quatre mois de filature, décide de frapper en commençant par Epstein et Manouchian. Ce dernier est attendu devant son domicile clandestin par le commissaire Barrachin, chef de la Brigade Spéciale n° 2 des Renseignements Généraux. Manouchain est pris en filature. Il prend le train à la gare de Lyon et descend à Evry-Petit-Bourg.  A la sortie de la gare, il aperçoit Epstein qui se met à marcher en direction de la Seine. Il le suit à une cinquantaine de mètres. Epstein, qui s’est déjà retourné à plusieurs reprises, convaincu d’être filé, descend vers la berge, très grasse et détrempée, et accélère le pas. Manouchian, qui s’est sans doute aussi aperçu de la filature, hésite puis continue son chemin. Poursuivi par deux inspecteurs et le commissaire Barrachin, échelonnés tous les quatre-vingts mètres environ, Epstein conserve son avance et arrive dans une allée au sol plus dur. Se retournant, il aperçoit trois policiers et se met à courir. L’inspecteur Chouffot tire à plusieurs reprises avant de le neutraliser. Rejoint par les trois policiers, il leur oppose une très forte résistance. Finalement, menotté dans le dos, il tente à nouveau de s’échapper mais sans succès. De son côté, Manouchian a été rattrapé par deux inspecteurs. Il tient dans la poche droite de son manteau un 6.35 avec une balle dans le canon mais décide de se rendre à la deuxième sommation. Il est 10 heures du matin. »
(D’après le rapport de police – Archives nationales, Z6 82/1260). FTP-MOI, guérilla urbaine

Paragraphe extrait de L’Affiche rouge, une  victoire posthume, d’Adam Rayski, DMIH, 1999.

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